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CAPITAL : Lettre ouverte solennelle des fidèles aux quatre évêques de la FSSPX

http://www.virgo-maria.org/articles/2006/VM-2006-10-10-A-00-Appel_aux_quatre_eveques_de_la_FSSPX.pdf

Qui et Pourquoi, depuis la mort de Mgr Lefebvre en 1991, a détourné la finalité surnaturelle de l’OPERATION-SURVIE des sacres de 1988, pour assigner à la FSSPX ce FAUX objectif prioritaire de la «ré-conciliation» avec la Rome conciliaire (en fait la «ré-conciliarisation» de la FSSPX) ?

Qui a, depuis 2000, PROMU, et Pourquoi, le FAUX préalable de l’autorisation de la messe de Saint Pie V ?

Pourquoi n’a-t-on pas posé la VRAIE question du rétablissement du VRAI Sacerdoce de VRAIS prêtres, ordonnés par des Evêques VALIDEMENT sacrés selon le rite VALIDE des Saints O rdres ?

Qui a INVENTE, et POURQUOI, le faux préalable de la levée des «excommunications» ?

Pourquoi n’a-t-on pas posé la VRAIE question de l’abrogation de Pontificalis Romani INVALIDE de 1968 et du rétablissement du vrai rite de la consécration épiscopale VALIDE d’avant 1968?

A quoi servirait-il, en effet, de faire dire le VRAI rite de la messe par de FAUX prêtres ?

Serait-ce donc qu’après avoir obligé de VRAIS prêtres à dire une FAUSSE messe, l’on veuille désormais faire dire la messe du VRAI rite par de FAUX prêtres ?

Serait-ce que l’on veuille «concilier» les VRAIS prêtres qui disent encore la VRAIE messe avec un clergé aussi INVALIDE que le FAUX CLERGE ANGLICAN ?

Gaude, Maria Virgo, cunctas hæreses sola interemisti.

(Tractus Missæ Salve Sancta Parens)

samedi 11 août 2007

Ce message peut être téléchargé au format PDF sur notre site http://www.virgo-maria.org/.

P.Van de Pol n°3 –Anglicanisme – Bilan « œcuménique »

La méthode maçonnique de « l’Union des contraires »

Une étude de 1967, par un professeur de l’université catholique de Nimègue

Appel de Lambeth. Discours du Docteur Ramsay en 1966 et réponse de Montini-Paul VI.

Allocution du cardinal Bea.

Nous poursuivons la publication de la suite de ce texte presque inconnu du Père Van de Pol et qui dévoile les objectifs et les méthodes véritables de l’« œcuménisme ». Nous avons déjà publié deux parties[1] de ce livre fondamental.

Les dominicains d’Avrillé, étroitement surveillés par Mgr Williamson, l’ancien Anglican (variante méthodiste), comme la Direction de la FSSPX, noyautée par le petit clan des infiltrés modernistes, font un silence complet sur ce livre décisif du R.P.Van de Pol, livre qui dévoile le projet véritable qu’applique l’abbé apostat Ratzinger depuis 1982 et qui en donne son vrai visage.

Le Père Van de Pol annonce l’union de « toutes les Eglises » et montre la place centrale de la Communion Anglicane dans le processus « œcuménique ».

La Communion Anglicane fournit en effet le modèle historique auquel l’Eglise conciliaire doit tendre.

Le présent Motu Proprio qui, dans son article 1, affirme l’« unicité et identité » des deux rites de Saint Pie V et du Novus Ordo de 1969 de Montini-Bugnini\-DomBotte, procède de ces mêmes principes anglicans de « réunion ».

Cette méthode de “réunion des contraires ou des contradictoires” (« Le mariage de Belial et du Christ ») constitue l’un des principes fondamentaux et universel des occultistes.

Elle amène à procéder à l’amalgame final de l’assassin avec sa victime, lui permettant au terme du processus de s’approprier entièrement les dépouilles et l’être même de sa victime, tout en niant rétrospectivement qu’il n’y ait jamais eu la moindre existence préalable d’un crime ni d’une contradiction.

Ces mêmes principes anglicans de « réunion » ont été prônés par Dom Beauduin dans son célèbre rapport « L’Eglise Anglicane Unie et non Absorbée » à l’Archevêque de Maline (suspect d’Américanisme), lu par le futur Cardinal Mercier pour la quatrième « Conversation de Malines » du 20 mai 1925.

Cette conception anglicane de la « réunion-amalgame » n’est autre que l’application générale de la méthode maçonnique des loges auxquelles la hiérarchie anglicane est indissolublement et étroitement liée, la méthode maçonnique universelle du « Solve » (négation-opposition-destruction) en première phase préalable, suivie en seconde phase finale du « Coagula » (amalgame- « réunion »-« restauration »). C’est de ce même principe des occultistes que procède la méthode de base de la dialectique de l’idéalisme hégélien : (Thèse-Antithèse) puis Synthèse.

Le principe même de la « Réforme de la réforme » mise en œuvre depuis quelques années par l’abbé apostat Ratzinger, procède directement de cette méthode occultiste et maçonnique universelle. L’article 1 du Motu Proprio du 7 juillet dernier, proclamant avec impudence l’amalgame du NOM de Montini-Bugnini\-DomBotte avec le rite de la Sainte Messe de Saint Pie V qu’il assassine depuis quarante années, n’en est que la dernière illustration éclatante.

Ce qui ne saurait surprendre de la part de ce personnage universellement connu pour son idéalisme hégélien forcené.

L’imposture du Motu Proprio du 07 juillet 2007 et celle de ceux qui le présentent comme une « victoire » en ressort encore plus accablante[2].

Voici un florilège de citations de ce texte.

Le rôle charnière de la Communion Anglicane dans l’oecuménisme

« Il s'ensuit que, dans la réalisation d'unions partielles, il ne faut rien faire ni omettre qui puisse gêner ou empêcher l'union finale de toutes les Églises. En particulier, il y a lieu de tenir compte de l'Église de Rome et d'envisager la possibilité d'une restauration de la communion avec le Siège Apostolique de Rome. Quels que soient le nombre et l'ampleur des problèmes soulevés par la perspective de l'union avec Rome, cette union ne peut être exclue à priori. Le Dr Ramsey, actuel archevêque de Cantorbéry, écrivait déjà en 1936 :

Il semble qu'il puisse y avoir une place particulière, dans l'Église unie de l'avenir, pour un primus inter pares, organe d'unité et d'autorité. Pierre y sera aussi indispensable que Paul et Apollos, et, comme eux, il sera purifié et repentant[3]. »

« Si Satan a jamais remporté une victoire, ce fut bien, semble-t-il, en rendant la papauté méconnaissable par la dégénérescence de celle-ci à la fin du moyen âge et à l'époque de la Renaissance. Aucune institution n'a, plus que la papauté, besoin d'une remise à neuf, afin d'être rendue capable de remplir la fonction qui lui est propre au sein de l'Église unie. »

« Ajoutons que jusqu'à présent, aucune Église n'a, au même degré que la Communion anglicane, opéré elle-même l'intégration de la manière catholique et de la manière réformée de comprendre la foi de l'Église et le message de l'Évangile. »

« Dans l'ensemble, les divergences dans la conception de la Cène relèvent davantage du vocabulaire que de la doctrine.

En conséquence, je pense qu'en dépit des différences secondaires dans la forme de la célébration, il n'existe aucun obstacle sérieux à la célébration commune de la Cène avec participation des luthériens, des «réformés», des presbytériens, des congrégationalistes, des méthodistes et même des anglicans «évangéliques», éventuellement aussi des baptistes, des mennonites et des remontrants. Dans ce cas, la célébration œcuménique de la Cène pourrait constituer une première étape et un moyen important dans la voie de l'union plénière.

Dans tous les cas de ce genre, on pourrait, tant du côté catholique que du côté de la Réforme, être d'accord avec le professeur Hoekendijk lorsqu'il dit que la célébration inter-confessionnelle fréquente de l'Eucharistie constitue un des moyens les plus importants et les plus sûrs d'arriver à l'unité complète finale. »

« Un rôle propre dans le processus d'unification revient à la Communion anglicane. Ce rôle ne peut être assumé par aucune autre Église. La raison en est que seules les Églises anglicanes répondent à la fois aux principes catholiques et aux principes de la Réforme en matière de ministères et d'actes sacramentels. »

« Nous sommes au seuil d'une nouvelle civilisation, caractérisée par une nouvelle mentalité et un nouveau style de vie. Les derniers vestiges, hérités d'un stade primitif de civilisation, sont éliminés. Le lien qui rattachait à la culture classique, fondement de la civilisation occidentale, s'est fortement relâché. L'intérêt porté aux auteurs grecs et latins s'évanouit. La langue grecque disparaît ou a déjà disparu des programmes scolaires. Les érudits du siècle dernier voyaient encore dans le latin un instrument de communication utile et maniable. Il en est peu, aujourd'hui, qui soient encore capables d'exprimer leur savoir en latin et qui peuvent espérer se faire comprendre dans cette langue. La structure mentale, les formes de pensée et les méthodes de recherche subissent une refonte si radicale que seule une langue vivante, grâce à sa souplesse d'adaptation spontanée, peut servir de moyen de communication dans les domaines de la science et de la culture.

Le latin peut être tenu pour un moyen de communication indispensable à l'intérieur de l'Église unie à Rome. Il est permis de se demander, toutefois, si la connaissance du latin pourra être maintenue à un niveau suffisant parmi le clergé des pays non latins. La chose n'est certainement pas possible dans le cas des laïcs en général. Il est à craindre, dès lors, qu'un usage trop exclusif et trop abondant du latin n'aboutisse, au sein même de l'Église catholique, à entraver la communication entre l'autorité ecclésiastique et les fidèles (prêtres compris), plutôt qu'à la favoriser »

« On peut se demander si, dans de larges couches du peuple catholique, la conception courante du ministère, des ordinations, des actes sacramentels et des dévotions n'est pas, à certains égards, entachée d'idées héritées de l'époque préchrétienne. »

« Il ne peut être exigé des Églises de la Communion anglicane de renoncer à l'intégration des principes catholiques et des principes protestants, obtenue au prix de tant de patience et de persévérance. Cette intégration est fondée sur le principe de continuité, sur celui de la modération et sur la «comprehensiveness », caractéristiques de l'Église d'Angleterre et de ses Églises filles. »

« La vocation œcuménique propre des Églises en communion avec le siège de Cantorbéry consiste précisément à aider les Églises issues de la Réforme et les Églises «libres» à se rapprocher de la restauration complète du ministère et de la succession apostolique. Sans cette restauration, le but final de l'œcuménisme ne pourra être atteint, ainsi que le montre vingt siècles de christianisme »

« Il importe beaucoup à l'œcuménisme que, dans tout projet d'union englobant des diocèses anglicans, on s'efforce d'intégrer, aussi pleinement que possible, les vérités et les valeurs positives appartenant aux deux traditions, catholique et réformée, afin d'ouvrir la voie, dans l'immédiat, à la pleine communion avec l'ensemble des Églises anglicanes, et, à longue échéance, à l'union de toutes les Églises. Une attention particulière devra être accordée à la restauration complète du ministère ecclésial, d'une manière qui rende celui-ci acceptable à l'ensemble de l'Église unie.

Cette restauration requerra, dans certains cas, une consécration épiscopale «sous condition» »

La remise en cause de l’invalidité des Ordinations Anglicanes pour des ‘ordinations douteuses’ qui permettront l’union oecuménique

« Un des obstacles primordiaux à la restauration de l'unité réside dans la déclaration de nullité des ordinations anglicanes, prononcée par le pape Léon XIII dans la bulle Apostolicæ curæ, en 1896. L'unité chrétienne demande que cet obstacle soit écarté au plus tôt. Mais comment faire ? Comment s'y prendre pour sauvegarder l'élément de vérité que recèle chacun des deux points de vue, celui du Vatican et celui de Cantorbéry ?[4]

S'il est exact que le paragraphe de conclusion de la bulle, cité plus haut au chapitre II, ne doit pas être considéré comme une déclaration infaillible, mais comme une mesure disciplinaire, un nouvel examen de la question des ordinations anglicanes appartient à l'ordre du possible. A l'étape actuelle de l'œcuménisme, cet examen devrait prendre la forme du dialogue[5]. L'enquête préparatoire devrait être confiée à une commission mixte, composée pour moitié de membres nommés par le pape et pour l'autre moitié de membres désignés par l'archevêque de Cantorbéry. »

« Supposons qu'un nouvel examen de la validité des ordinations anglicanes soit entrepris sur la base d'arguments qui seraient, sinon acceptés, du moins respectés par la Communion anglicane. Cet examen pourrait aboutir à la constatation que l'invalidité des ordres anglicans ne peut être établie avec certitude. En ce cas, selon les critères romains, la validité de ces ordres serait matière à doute. On ne voit pas ce qui différencierait alors la position de l'Église de Rome vis-à-vis de l'Église anglicane de la position actuelle de l'Église anglicane vis-à-vis des Églises issues de la Réforme et des Églises «libres». Nous l'avons vu dans les chapitres précédents, l'obstacle principal à l'union entre anglicans et protestants réside dans l'incertitude éprouvée par les premiers concernant la «validité» du ministère des seconds.

Tenant compte des faits historiques, la Communion anglicane est persuadée qu'aucune Église unie n'est possible sans restauration de l'épiscopat historique fondé sur la succession apostolique. Elle demande aux Églises de la Réforme et aux Églises «libres» avec lesquelles elle traite d'accepter une procédure en vertu de laquelle le ministère pourra être considéré comme authentique et valide par toute l'Église. Pour le bien de l'unité, et en vue de supprimer l'incertitude nourrie, à tort ou à raison, par une des Églises en instance d'union, la Communion anglicane demande aux autres Églises d'accepter une ordination complémentaire ou une ordination sous condition. Si l'Église anglicane peut, à bon droit et pour le bien de l'unité, faire de telles propositions aux autres Églises, ne peut-on attendre d'elle qu'elle soit disposée à prendre en sérieuse considération des propositions semblables qui lui seraient faites par l'Église de Rome ?

Quiconque ne se limite pas à la considération de sa propre Église, mais voit l'ensemble de la situation, se rendra compte sans difficulté que la reconnaissance par l'Église romaine de la validité des ordres anglicans constituerait une étape importante et décisive sur la voie de l'unité. »

« Si la Communion anglicane entrait un jour dans une communauté plus grande, englobant aussi Rome et Constantinople, elle serait tout indiquée pour servir de trait d'union entre cette communauté et celle des Églises de la Réforme et des Églises «libres» »

« Ces suggestions sont nées d'un sobre réalisme, qui se pose la question suivante : à quoi sert-il de mettre en route un dialogue visant à restaurer l'unité, si l'on recule devant les implications et les conséquences de l'entreprise œcuménique ? »

« Les anglicans, en grande majorité, considèrent comme non biblique la notion de validité ou de non-validité des ordinations. Les anglo-catholiques modérés, qui attachent beaucoup de prix aux ordinations «valides», ne tolèrent pas le moindre doute sur la validité des ordres anglicans. »

L’application par Mgr Fellay et par Ratzinger des méthodes « oecuméniques » au ralliement de la FSSPX à la Rome apostate

Si nous relisons le « processus » de « dialogue » que reconnaît Mgr Fellay depuis le 29 août 2005 à la lumière des principes et des méthodes que nous décrit le Père van de Pol, nous y voyons bien des similitudes.

Les déclarations prêtées à Mgr Fellay par le site Donec Ponam le 25 mars 2007, invoquant pour le « clergé » conciliaire les sophismes de « Validité sacramentelle probable des ordinations conciliaires », « prêtres a priori valides », toutes propositions expressément condamnées dans les termes par le Magistère pontifical infaillible de plusieurs Papes, transposent à la FSSPX vis-à-vis de Rome, la méthode explicitée par le Père van de Pol entre Rome et la Communion Anglicane au sujet des ordinations Anglicanes qui d’« invalides » (Léon XIII) deviendraient « douteuses ».

Ce sont ces mêmes sophismes fourbes et hypocrites qui permettent de faire accepter l’inacceptable : faire accepter le ralliement de la FSSPX à la Rome de Ratzinger, comme de faire accepter l’union de Rome et de la Communion Anglicane.

Pour cela, Mgr Fellay et le petit clan moderniste cherchent dans un premier temps à répandre le mythe du « bon Pape Benoît » qu’il faudrait aider devant les « méchants évêques conciliaires » : ce dernier sophisme de Mgr Fellay et des infiltrés est puéril et enfantin s’ils y croient eux-mêmes ( ?), et particulièrement fourbe et assassin s’ils n’y croient pas.

Continuons le bon combat

Abbé Michel Marchiset

W. H. VAN DE POL

docteur en théologie, professeur à l'université catholique de Nimègue

LA COMMUNION ANGLICANE ET L'ŒCUMENISME

D'APRÈS LES DOCUMENTS OFFICIELS

Préface par Mgr Willebrands

Traduction du néerlandais par Dom André Renard, O.S.B.

Les éditions du Cerf, 29, bd Latour-Maubourg, Paris 1967

CHAPITRE IX - BILAN ŒCUMÉNIQUE

Nous allons tenter, dans ce dernier chapitre, de dresser le bilan de la situation œcuménique à partir des données qui ont été rassemblées dans les chapitres précédents. Ce bilan soulèvera plus de questions qu'il n'apportera de réponses. La solution des problèmes œcuméniques doit être laissée aux Églises elles-mêmes, dans une intime collaboration entre elles. Les problèmes de l'unité chrétienne ne seront résolus que par la collaboration sérieuse et persévérante des Églises à l'intérieur d'un authentique dialogue. C'est la raison pour laquelle nous nous bornons à dresser le bilan des expériences et des découvertes qui résultent des efforts œcuméniques en général et de ceux de la Communion anglicane en particulier. Ces expériences ont révélé progressivement les questions auxquelles seront affrontées les Églises qui s'engagent sérieusement dans la voie de la restauration de l'unité visible. En conséquence, nous ne présenterons pas une conception personnelle de l'unité, mais plutôt une synthèse des expériences amassées par les Églises dans leur recherche de l'unité.

Nous ne faisons pas la chasse aux erreurs et aux hérésies, nous ne recherchons pas les moyens de défendre telle ou telle conviction religieuse. Nous nous demandons simplement quelles possibilités concrètes et pratiques sont renfermées dans la solution que propose la Communion anglicane pour sortir de l'impasse œcuménique actuelle, résultant d'événements passés.

1. Buts et méthodes

Le mouvement œcuménique s'étant maintenant mis en branle, les Églises prenant part à ce mouvement doivent commencer par se demander si elles comprennent bien ce qu'elles ont entrepris, si elles saisissent la nouveauté de l'œcuménisme authentique, et si elles aperçoivent les implications et les conséquences que recèlent la fin et les méthodes de l'œcuménisme. Ces questions doivent être posées si, ne nous satisfaisant pas d'un vague désir de l'unité ni de manifestations peu réalistes de ce désir, nous voulons, au contraire, passer à l'action et faire preuve d'intentions réelles.

Le rapport sur l'unité, accepté par tous à New Delhi, permet de supposer que les Églises sont parvenues ensemble à la conviction que le but final du mouvement œcuménique n'est autre, et ne peut être autre, que la restauration complète et définitive de l'unité visible, sacramentelle et ecclésiale, de tous ceux qui croient au Christ et ont été baptisés en son nom. S'il en est ainsi, que doit-il se produire, que faut-il faire pour que l'on parvienne ensemble à ce but final, par un effort concerté et conjoint ?

Il est évidemment indispensable que les Églises arrivent d'abord à s'accorder sur le but final. Elles doivent nourrir le désir réel d'atteindre ce but, sous la conduite de Dieu, sans hésitation ni réserve. Elles doivent être prêtes à amender leur doctrine et leur pratique, et à les compléter, si la chose se montre nécessaire. Elles doivent être disposées à adopter les conclusions et les mesures qu'une délibération faite en commun aura montré être à la fois nécessaires et en accord avec l'intention de l'Écriture Sainte et avec le sentiment commun de l'Église ancienne indivise. Il importe beaucoup de ne pas minimiser les conséquences qui sont impliquées pour les diverses Églises. Celles-ci sont encore loin d'avancer, au plan œcuménique, sur des voies larges et bien tracées. Elles doivent s'attendre, au contraire, à une longue et pénible ascension par des sentiers raides et rocailleux.

On entend parfois dire que les obstacles qui retardent l'union sont créés par les théologiens et les spécialistes de l’œcuménisme. C'est là une grave méprise. Ceux-ci dévoilent la situation telle qu'elle est et posent le problème œcuménique tel qu'il se présente en réalité à eux. Ils ne rendent pas la situation et le problème plus difficiles. Ceux-ci sont difficiles déjà par eux-mêmes. En fait, le problème œcuménique est si difficile qu'il est pratiquement insoluble sans une intervention divine. Il faut que Dieu fasse un miracle et que, par son Esprit, il agisse dans les dirigeants des Églises pour éclairer leur intelligence, mouvoir leur volonté et remplir leur cœur d'amour et de disponibilité, de sorte que la restauration complète de l'unité visible, sacramentelle et ecclésiale, devienne possible et atteigne finalement sa réalisation.

Supposons qu'en dépit de toutes les difficultés, les Églises parviennent à se mettre d'accord sur le but à poursuivre et qu'elles veuillent réellement l'atteindre. Une seconde question se pose alors, celle de la méthode. Se basant sur les expériences œcuméniques déjà faites, les Églises pourraient se demander s'il ne leur serait pas possible de s'engager elles aussi sur la voie qu'a montrée la Communion anglicane, depuis un siècle, par l'organe des Conférences de Lambeth.

Cette proposition, en soi, n'implique rien quant au contenu précis de la foi ni quant à la forme définitive de l'Église unie. Elle concerne formellement la méthode la plus appropriée qui pourrait mener au but final. Si la rencontre des Églises doit avoir un sens et si elle doit entraîner des résultats tangibles, il faut que les Églises parviennent à se mettre d'accord sur la méthode qu'elles auront à suivre ensemble.

Les chapitres précédents ont montré suffisamment en quoi consiste la méthode œcuménique de l'anglicanisme. Cette méthode part du fait que tous les chrétiens croyants et baptisés, animés du désir de professer la foi et de la vivre de la manière voulue par le Christ, font partie du Corps du Christ. Sans doute, les Églises actuellement désunies sont en désaccord sur la forme visible du Corps du Christ dans l'Église, sur la relation des Églises existantes au Corps du Christ dans l'Église, sur la relation des Églises existantes au Corps du Christ et entre elles, et sur les conséquences du baptême et de l'appartenance au Corps du Christ. Cependant, ces divergences dans l'interprétation dogmatique et théologique ne suppriment pas le fait que ces chrétiens sont baptisés et appartiennent au Corps du Christ.

L'effort en vue de l'unité serait dépourvu de sens et il ne pourrait que dégénérer rapidement en discussions purement apologétiques, s'il ne trouvait pas à son point de départ une unité déjà réelle, une communion de tous les chrétiens dans le Corps du Christ. La question ne porte pas sur le fait de l'appartenance des baptisés au Corps du Christ. La question que les chrétiens doivent considérer à nouveau, et ensemble, porte sur les conséquences découlant du baptême pour l'existence de l'Église en général, et pour chaque Église chrétienne et chaque chrétien en particulier.

Partant de là, la méthode anglicane implique que les Églises particulières, engageant des conversations sur le consensus, la pleine communion ou la réunion, doivent garder une conscience très vive du but final à atteindre. Elle demande aussi que leurs plans de réunion soient orientés vers ce but final de l'unité de toutes les Églises. L'unité ne doit pas être confondue avec l'uniformité dans les matières secondaires. Les Églises doivent plutôt tendre à une unité dans la diversité, laissant place à une saine tension dans la diversité des points de vue, des formes d'expression et des manières de voir.

Il s'ensuit que, dans la réalisation d'unions partielles, il ne faut rien faire ni omettre qui puisse gêner ou empêcher l'union finale de toutes les Églises. En particulier, il y a lieu de tenir compte de l'Église de Rome et d'envisager la possibilité d'une restauration de la communion avec le Siège Apostolique de Rome. Quels que soient le nombre et l'ampleur des problèmes soulevés par la perspective de l'union avec Rome, cette union ne peut être exclue à priori. Le Dr Ramsey, actuel archevêque de Cantorbéry, écrivait déjà en 1936 :

Il semble qu'il puisse y avoir une place particulière, dans l'Église unie de l'avenir, pour un primus inter pares, organe d'unité et d'autorité. Pierre y sera aussi indispensable que Paul et Apollos, et, comme eux, il sera purifié et repentant[6].

Dans leurs conversations, les Églises doivent se demander une fois de plus si la fonction de Pierre, prolongée au cours des siècles dans le Siège Apostolique de Rome, ne doit pas son institution au Christ. Elles doivent se demander également en quel sens et de quelle manière ce Siège Apostolique est indispensable à l'Église une, comme centre, norme et garant de l'unité et de la communion de l'unique Église du Christ.

Si Satan a jamais remporté une victoire, ce fut bien, semble-t-il, en rendant la papauté méconnaissable par la dégénérescence de celle-ci à la fin du moyen âge et à l'époque de la Renaissance. Aucune institution n'a, plus que la papauté, besoin d'une remise à neuf, afin d'être rendue capable de remplir la fonction qui lui est propre au sein de l'Église unie. Les paroles du Christ à Pierre s'appliquent à la papauté en général : «Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères» (Luc xxii, 31-32).

Ce retour, ce renouveau, sont aujourd'hui en train de se produire. Ils constituent une des préparations indispensables à la pleine restauration de l'unité visible de tous les chrétiens. La fonction de Pierre doit d'abord être purifiée et restaurée dans sa forme authentique, pour s'intégrer ensuite dans l'ensemble de l'Église unie. Cette intégration ne doit pas se présenter comme une exigence imposée d'en haut ; elle doit être le fruit d'un processus de maturation dans lequel sont impliquées toutes les Églises. Le Dr Ramsey l'écrivait dans sa conclusion :

Dans ce Corps, Pierre recevra la place qui lui revient, et la réunion finale n'est pas hâtée par la continuation de la «controverse papale», mais bien par la tranquille croissance de la vie organique de chaque partie de la chrétienté[7].

Il n'est pas question ici de l'aspect dogmatique, qui devra être considéré en son temps. Il s'agit de la manière dont les Églises, progressivement et ensemble, évolueront vers une communis opinio concernant la place, le rôle et l'autorité qui, selon la volonté du Christ, appartiennent à la fonction de Pierre et au Siège Apostolique de Rome au sein de l'Église pleinement unie.

II. Les principales difficultés sur la voie de l'unité

Plus d'un lecteur aura déjà mesuré l'ampleur des difficultés à surmonter. Ne nous faisons pas d'illusions et n'en inspirons pas aux autres ! La poursuite sérieuse du but final et l'application de la méthode décrite plus haut exigent inévitablement beaucoup de patience, de charité et de prière, pour surmonter d'énormes difficultés. Celles-ci ne sont pas créées artificiellement par telle ou telle Église pour barrer le chemin de l'unité. Elles résultent nécessairement des facteurs historiques conditionnant la situation actuelle. Les principales de ces difficultés sont, me semble-t-il, au nombre de quatre.

a) La prétention de l'Église romaine à l'infaillibilité

Pour toutes les Églises qui ne sont pas en pleine communion avec l'Église de Rome, la difficulté majeure réside dans la conviction qu'a cette Église de posséder une autorité doctrinale infaillible et dans sa certitude que cette autorité atteint son degré suprême dans l'enseignement infaillible du pape, successeur de Pierre, la conséquence en étant qu'aucune déclaration doctrinale ni aucune proclamation dogmatique fondées sur cette autorité infaillible ne peuvent jamais être rétractées ni révoquées.

Une considération purement humaine de ce fait nous mènerait à dire qu'aucune Église, plus que l'Église romaine, ne pose des obstacles plus grands et plus insurmontables sur la voie de l'unité. A elle revient la responsabilité principale dans l'origine et dans la prolongation de la division. Telle est l'opinion de tous les chrétiens de la Réforme, anglicans non exceptés.

Sans pour autant résoudre la difficulté, on rend celle-ci plus compréhensible et plus supportable, lorsque l'on consent à admettre que la position de l'Église romaine ne résulte pas d'une prétention purement humaine, mais qu'elle se fonde sur une conviction de foi. On ne peut s'attendre à ce que l'Église catholique romaine renonce à celle-ci, pas plus qu'on ne peut s'attendre à voir les autres chrétiens être infidèles à ce qu'ils considèrent comme appartenant au contenu de la foi.

Il importe de se souvenir à ce propos que la raison de l'intangibilité des dogmes ne réside pas, pour l'Église romaine, dans une interprétation subjective, fruit de considérations exégétiques et théologiques. Leur intangibilité se fonde sur leur relation à un ordre surnaturel de réalité et de salut, objectivement donné, révélé dans le Christ et dans son Église, et ayant une existence indépendante de la compréhension et des désirs des hommes. La formulation de l'objet de la foi peut recevoir des éclaircissements et des nuances au cours des siècles. Le dogme lui-même est aussi intangible que l'est, dans l'ordre naturel, toute sentence appuyée sur un fait établi. Dans l'ordre naturel des choses, la certitude et le caractère intangible des faits repose donc sur l'expérience, sur la constatation de ce qui s'est passé. Dans l'ordre surnaturel des choses ou, si l'on préfère, dans le champ des mystères de la foi, la certitude et l'irrévocabilité se fondent sur la révélation. En conséquence, une des questions que rencontrent les Églises sur la voie de l'unité concernera la nature, la forme, la cognoscibilité et le caractère irrévocable de l'ensemble de la réalité révélée.

Tous les dogmes du christianisme ancien, mais aussi les dogmes plus récents, sont relatifs à cet ensemble de la réalité révélée. Un dogme n'exprime jamais une réalité nouvelle. Il ne fait jamais que mettre en formule un aspect ou un élément qui a toujours appartenu à la plénitude de la réalité révélée. C'est pourquoi tous les dogmes ont entre eux une intime connexion ; ils s'impliquent les uns les autres. Ils sont inséparables au point qu'on ne peut en retenir certains et en rejeter d'autres.

L'attitude du chrétien de la Réforme semble étrange au chrétien de type «catholique», car il admet sans difficulté les dogmes anciens concernant la Trinité, le Christ et le Saint-Esprit, tandis qu'il fait objection aux dogmes sotériologiques, mariologiques et ecclésiologiques, formulés à une époque plus récente.

b) Le sens positif du témoignage de la Réforme

La seconde difficulté sur le chemin de l'unité a trait au contenu positif et au sens du témoignage rendu par la Réforme. Les chrétiens catholiques voient trop exclusivement, dans la Réforme et dans le christianisme issu d'elle, le produit d'une attitude négative de protestation contre des abus romains, la résultante de malentendus et de préjugés, le fruit de l'individualisme et du subjectivisme. Les catholiques s'imaginent qu'il suffirait de supprimer les abus qui déparent le visage humain de l'Église et de surmonter les malentendus et les préjugés par une information appropriée, pour ouvrir aux protestants la voie du retour à l'Église. C'est là une illusion, qui repose sur un manque de compréhension à l'égard du sens profond de la Réforme, dans sa nature de mouvement religieux et ecclésial.

La Réforme consiste avant tout en un témoignage positif. Sans doute, celui-ci fut dirigé en premier lieu contre Rome. Mais il garde sa signification positive et durable, même abstraction faite de Rome. Il n'est pas possible de ramasser ce témoignage en quelques mots. En tout cas, ce témoignage ne vise qu'à exprimer et à proclamer la richesse plénière de l'Évangile telle qu'elle se trouve dans toute la Bible. Le témoignage de la Réforme repose sur des principes et renferme des éléments qu'aucun chrétien réformé n'abandonnera jamais ni ne sacrifiera pour arriver à l'unité.

J'ai insisté sur ce point dans un précédent ouvrage[8]. Ce faisant, je n'ai pas voulu dire que l'unité chrétienne n'aboutira jamais. Tout au contraire, j'ai voulu souligner que cette unité se réalisera, à la condition que l'Église unie de Rome et les autres Églises de type «catholique» soient disposées à prendre pleinement au sérieux le témoignage positif des chrétiens de la Réforme. Il faut que ces Églises cessent d'interpréter ce témoignage de manière unilatérale. Il faut qu'elles consentent enfin à intégrer ce témoignage dans la foi et la vie de l'Église unie de l'avenir, après avoir déterminé, au cours de conversations, dans quelle mesure ce témoignage concorde avec celui de l'Écriture.

La diffusion de l'idée œcuménique permettra de substituer à l'attitude polémique et au monologue, une rencontre existentielle et un dialogue profond entre Rome et la Réforme. L'intégration qui se fera alors dans la plénitude de l'Église du Christ n'englobera pas seulement les dogmes catholiques, mais aussi le témoignage biblique positif de la Réforme. Il peut sembler qu'il y ait là une difficulté aussi insurmontable que la première. Cette difficulté n'en demeure pas moins un fait donné.

Nous ne pouvons minimiser ni la difficulté constituée par les dogmes catholiques, ni celle que pose le témoignage positif de la Réforme. La restauration de l'unité visible demande que les deux difficultés soient examinées et élucidées, qu'elles deviennent objet de réflexion et que finalement elles reçoivent des Églises une solution commune. La réflexion des Églises vieilles-catholiques et des Églises orientales viendrait à point. Ajoutons que jusqu'à présent, aucune Église n'a, au même degré que la Communion anglicane, opéré elle-même l'intégration de la manière catholique et de la manière réformée de comprendre la foi de l'Église et le message de l'Évangile.

c) Le ministère et les sacrements

La troisième difficulté est de nature éminemment pratique. C'est pourquoi il est nécessaire de souligner à l'avance que l'élimination effective de cette difficulté ne peut s'opérer de manière indépendante. Des mesures pratiques, dans le domaine de l'organisation, n'y suffiront pas. Une solution éventuelle ne peut être envisagée qu'en liaison étroite avec la solution des difficultés précédentes.

La difficulté réside dans la diversité des conceptions relativement à la nature, à l'autorité, à l'exercice et à l'efficacité du ministère et des actes sacramentels.

Selon certaines Églises, cette question est dépourvue d'importance. Selon d'autres, elle relève uniquement du domaine de l'organisation pratique, et il appartient, en conséquence, à chaque Église d'établir les règles ou d'introduire les changements qui conviennent le mieux à sa vie propre ; ces Églises esquivent facilement la difficulté.

D'autres, parmi les Églises issues de la Réforme, attribuent explicitement un fondement scripturaire au ministère. Les Églises de type «catholique» y voient un élément fondamental et inaliénable de l'essence de l'Église. Cet élément est si profondément ancré dans le donné révélé que les Églises ne peuvent le modifier à leur gré selon les circonstances.

Les Églises qui voient dans le ministère une condition sine qua non de l'essence de l'Église ne peuvent évidemment pas négliger la difficulté, par esprit d'entente et de paix. Les autres Églises ne doivent pas non plus s'attendre à ce que les premières négligent la question.

Bien que cette troisième difficulté repose également sur un fondement dogmatique, exégétique et théologique, nous pouvons la dire éminemment pratique. Comme nous l'avons pu voir dans les précédents chapitres, les conversations des Églises anglicanes avec d'autres Églises au sujet de l'inter-communion et, le cas échéant, de l'union, ont abouti à la répétition de l'expérience imprévue et de la découverte inattendue d'une même difficulté. Il est apparu, en effet, que la mise en pratique des projets d'union se heurtent presque toujours aux divergences de vues concernant le ministère. On a souvent constaté la difficulté, éprouvée par les partenaires en dialogue, à témoigner d'une compréhension suffisante envers la position des autres sur ce point.

On se montrerait injuste et superficiel en faisant porter la responsabilité de l'échec des conversations touchant l'inter-communion, sur l'Église qui, par sa fidélité envers une conception déterminée du ministère, est occasion de difficulté. La responsabilité peut être attribuée tout autant aux Églises qui rangent la conception du ministère parmi les choses indifférentes (adiaphora) et qui n'estiment pas nécessaire de tenir compte, en cette matière, de la tradition chrétienne, vieille de près de deux mille ans, et dont se réclament les Églises de type «catholique». Un rapprochement exigerait que toutes les Églises prennent au sérieux la difficulté et qu'elles soient disposées à résoudre celle-ci à partir de la tradition de l'Église indivise.

Qu'il soit permis de faire ici quelques réflexions au sujet de la question, présentement débattue, de la célébration interconfessionnelle de la Cène. A mon avis, les Églises membres du Conseil œcuménique posent la question d'une manière incorrecte. Elles se demandent si la célébration commune de la Cène par les membres de différentes Églises doit être mise en vigueur au début du processus d'union ou à la fin de celui-ci. En d'autres termes, la célébration de la Cène est-elle un moyen de réaliser la pleine communion et l'union, ou bien la célébration à laquelle tous les chrétiens pourront participer est-elle un fruit mûr qui ne doit pas être cueilli avant la restauration effective de l'unité visible, sacramentelle et ecclésiale ?

La divergence des opinions sur ce point entre membres d'une même Église suffit à montrer que la question est mal posée. Il ne semble pas possible de donner une réponse de portée générale touchant la meilleure manière de procéder. La raison en est qu'en posant la question de la façon indiquée plus haut, on perd de vue un des facteurs principaux, à savoir l'opposition fondamentale qui sépare les Églises «catholiques» et les Églises de la Réforme (y compris les Églises «libres») dans leur conception de la nature, de la validité et de l'efficacité du ministère et des actes sacramentels.

Il n'existe, à cet égard, aucune différence essentielle entre les Églises de type «catholique». Les catholiques romains, les orthodoxes et les vieux-catholiques s'abstiennent de toute célébration en commun de l'Eucharistie, pour des raisons appartenant à l'ordre disciplinaire. Il serait possible de présenter ici des arguments en faveur de la suppression des mesures disciplinaires existantes, de manière que la participation commune à l'Eucharistie constitue une première étape dans la restauration de l'unité[9].

Il n'existe, à mon avis, entre les Églises issues de la Réforme (y compris les Églises «libres»), en ce qui concerne leur conception de l'Église, du ministère et des sacrements, aucune opposition assez profonde pour les empêcher de célébrer en commun l'Eucharistie. Les tenants les plus extrêmes de l'orthodoxie luthérienne et calviniste pourraient faire objection à cette éventualité. Mais, dans l'ensemble, les divergences dans la conception de la Cène relèvent davantage du vocabulaire que de la doctrine.

En conséquence, je pense qu'en dépit des différences secondaires dans la forme de la célébration, il n'existe aucun obstacle sérieux à la célébration commune de la Cène avec participation des luthériens, des «réformés», des presbytériens, des congrégationalistes, des méthodistes et même des anglicans «évangéliques», éventuellement aussi des baptistes, des mennonites et des remontrants. Dans ce cas, la célébration œcuménique de la Cène pourrait constituer une première étape et un moyen important dans la voie de l'union plénière.

Dans tous les cas de ce genre, on pourrait, tant du côté catholique que du côté de la Réforme, être d'accord avec le professeur Hoekendijk lorsqu'il dit que la célébration inter-confessionnelle fréquente de l'Eucharistie constitue un des moyens les plus importants et les plus sûrs d'arriver à l'unité complète finale.

II y a une exception, cependant. Les chrétiens de la Réforme iraient à l'encontre de l'esprit œcuménique et feraient preuve d'une faible compréhension du problème, s'ils demandaient aux membres des Églises de type «catholique» de prendre part à la célébration de la Cène des réformés ou si, à l'inverse, ces derniers s'attendaient à être admis à la communion par les chrétiens de type «catholique». On montrerait par là, du côté réformé, que l'on ne prend pas au sérieux la conviction des chrétiens «catholiques» touchant le ministère et les sacrements et que l'on voit dans les objections de ceux-ci la manifestation d'une étroitesse antiœcuménique.

Les chrétiens «catholiques» regardent l'Église, le ministère et les sacrements comme des éléments ontologiques de la réalité surnaturelle révélée. L'absence de ministère, au sens catholique du terme, exclut la valide et authentique célébration sacramentelle du Repas du Seigneur. La Cène reçoit alors un caractère tout différent. Les anglicans et les Églises «libres» ont essayé, dans leurs pourparlers, de restaurer ensemble le ministère au sens qu'il avait dans l'Église primitive indivise, sur la base d'une ordination qui le situe dans la ligne de la succession apostolique. Les Églises «catholiques» et réformées n'ont pas encore réussi pareille restauration. Tant qu'elles n'y parviendront pas, il ne pourra être question d'une célébration commune à laquelle chrétiens de la Réforme et «catholiques» pourraient participer.

Une pareille communio in sacris ne pourrait que troubler les consciences. Elle créerait une nouvelle séparation entre ceux qui y prennent part et ceux qui ne le font pas. Elle risquerait de mettre les participants dans une situation fausse par rapport à leur propre Église. Elle suppose une unité de foi et une communion ecclésiastique qui ne sont pas encore devenues réalité. Elle anticipe sur une solution à laquelle seules de sérieuses et patientes conversations peuvent mener. Il n'est pas exclu que cette communio in sacris soit réclamée surtout par des chrétiens qui, secrètement, ne sont nullement disposés à donner leur collaboration à une véritable union des Églises «catholiques» et réformées. En pareil cas, la sincérité et la bonne foi pourraient facilement être mises en péril.

L'expérience montre que les célébrations eucharistiques communes qui ont eu lieu au cours des conférences œcuméniques n'ont jamais pu obtenir jusqu'ici la participation de tous les membres de ces conférences. Une célébration eucharistique ne pourra être «œcuménique» au sens plénier du mot que lorsque le ministère et les sacrements de chaque Église répondront aux principes originels de l'Église indivise.

Les Églises ayant appris à se connaître au sein du mouvement œcuménique, il y a lieu de s'opposer à ce que, dans une célébration eucharistique ouverte à tous, la «présidence» soit assurée par une Église dont le ministère est reconnu exclusivement par quelques Églises apparentées. Pareille célébration présenterait sans doute des apparences œcuméniques, mais en réalité elle tiendrait pour seule fidèle à l'Écriture une conception particulière de la Cène. Elle ne tiendrait aucun compte de la manière de voir d'une partie de l'assemblée et, insensiblement, elle reprocherait à celle-ci de ne pas encore avoir atteint un niveau suffisant de qualité œcuménique.

Une célébration interconfessionnelle qui cherche à être vraiment œcuménique ne peut s'appuyer tacitement sur la conception des Églises de la Réforme et des Églises libres. Elle doit, au contraire, prendre pour point de départ la situation réelle d'aujourd'hui. La question à poser n'est pas de savoir quelles Églises se montrent disposées à prendre la «présidence» d'une célébration ouverte à tous, c'est-à-dire au cours de laquelle tous puissent recevoir la communion. La question est de savoir quelle Église en est capable. Y a-t-il des Églises dont le ministère et les sacrements puissent être reconnus valides par toutes les Églises représentées ? Et, y en a-t-il une parmi elles qui, en accord avec sa propre doctrine, veuille prendre la responsabilité d'admettre tous les baptisés à participer à sa propre célébration eucharistique ?

Compte tenu de la situation actuelle, cette manière de voir est la seule qui puisse vraiment être qualifiée d'œcuménique. Elle n'anticipe pas sur un stade non encore atteint. Elle ne met aucune Église en face d'un choix déplaisant. Elle évite de soulever le problème de la meilleure et de la seule vraie conception de la Cène.

Or, on a peine à voir sur quels principes les membres des Églises de la Réforme pourraient appuyer leurs objections contre la réception de la communion au cours d'une célébration anglicane. En effet, il ressort clairement du Book of Common Prayer qu'il ne se trouve, dans l'office anglican de communion, ni prière ni lecture ni action qui soit contraire au témoignage original de la Réforme. Il n'y est non plus rien exigé des participants réformés qui ne soit en accord avec ce témoignage. Par ailleurs, la participation des anglicans (y compris des anglo-catholiques) à cette célébration est plus qu'une simple possibilité, elle va de soi. Ceci vaut, en outre, des vieux-catholiques et des membres de toutes les Églises de type «catholique» qui sont en mesure de reconnaître la pleine validité traditionnelle des ministères et des actes sacramentels des anglicans.

Il semble donc que dans la situation présente, la seule possibilité de célébrer une Eucharistie œcuménique se concentre dans le service anglican de communion. C'est pour cette raison que la célébration qui eut lieu à l'Assemblée de New-Delhi a été objectivement la première célébration «œcuménique» dans l'histoire du mouvement. Bien sûr, elle n'a pas été «pleinement œcuménique», puisque les observateurs catholiques romains et une partie au moins des membres orthodoxes de l'Assemblée n'ont pas pu y prendre part. Elle a mérité cependant d'être qualifiée de vraiment «œcuménique». Ce fait indique qu'un rôle propre dans le processus d'unification revient à la Communion anglicane. Ce rôle ne peut être assumé par aucune autre Église. La raison en est que seules les Églises anglicanes répondent à la fois aux principes catholiques et aux principes de la Réforme en matière de ministères et d'actes sacramentels.

d) L'absence de communication

Il y a, enfin, une grave difficulté d'un tout autre genre. Une grande attention a été accordée, ces derniers temps, aux facteurs non théologiques qui rendent l'union difficile à réaliser. Ces difficultés ne touchent manifestement pas à l'essence des choses. Nous pourrions en énumérer un grand nombre. Nous pouvons les résumer toutes par l'expression «absence de communication».

Une des caractéristiques les plus frappantes de notre époque est le manque de communication, de contact, l'absence de la faculté de compréhension mutuelle. Les «relations humaines» sont un sujet à l'ordre du jour, ce qui indique que nous nous débattons dans une crise de communication. La communication authentique, intime et durable ne s'établit pas, parce que la possibilité de communiquer est absente, parce que les êtres humains ne savent comment entrer en relation les uns avec les autres. Ceci entraîne chez beaucoup un isolement non voulu et une souffrance de la solitude croissante. Aucune communauté, aucune communion n'est concevable là où la communication fait défaut.

La communication semble perturbée, de nos jours, en de nombreux domaines. On dirait que les hommes ne se comprennent plus entre eux, en particulier la vieille et la jeune génération, les réactionnaires et les progressistes, ceux qui vivent dans le passé et ceux qui vivent dans le futur. Nous sommes en présence d'une nouvelle confusion des langues comme à Babel.

De là viennent les antagonismes sans nombre, les tensions et les conflits : entre l'homme et la femme dans le mariage, entre parents et enfants au sein de la famille, entre enseignants et élèves à l'école, entre gouvernants et gouvernés dans l'État, entre employeurs et salariés dans les entreprises, entre l'Est et l'Ouest au plan international, entre blancs et hommes de couleur. On ne parvient pas, la plupart du temps, à dépasser le stade de la «coexistence pacifique». Cette coexistence n'est pas encore une communauté, elle n'est pas la vie en commun, saine et authentique.

Les mêmes troubles de la communication apparaissent au plan religieux et ecclésial. Ils se manifestent par des tensions et des oppositions croissantes entre autorités ecclésiastiques et fidèles, entre clergé et laïcs, entre extrémistes orthodoxes et libéraux, entre croyants et incroyants, et tout particulièrement entre l'Église et le monde[10].

A mon avis, la cause principale de cette situation tendue réside indiscutablement dans les révolutions matérielles et spirituelles, radicales et encore jamais vues, qui ont lieu de nos jours à un rythme accéléré et qui englobent, de bon ou de mauvais gré, l'ensemble du monde habité. Jamais jusqu'ici ne se sont produits dans l'ensemble de l'humanité un éveil à la conscience de soi et un développement rapide vers la maturité et l'indépendance, comparables à ceux dont nous sommes aujourd'hui les témoins. Jamais jusqu'ici ne se sont opérés des changements aussi profonds dans le mode de pensée, dans la représentation des choses et dans le style de vie. De nombreuses «certitudes» du passé se sont subitement effondrées. Certains modes de l'exercice de l'autorité, des méthodes d'éducation, certaines formes dans les relations humaines, considérées, il n'y a guère, comme allant de soi, ont disparu brusquement et pour de bon. Dans le monde dit «libre», on accepte une autorité, mais à la condition qu'elle s'appuie sur une consultation constante des gouvernés.

Nous sommes au seuil d'une nouvelle civilisation, caractérisée par une nouvelle mentalité et un nouveau style de vie. Les derniers vestiges, hérités d'un stade primitif de civilisation, sont éliminés. Le lien qui rattachait à la culture classique, fondement de la civilisation occidentale, s'est fortement relâché. L'intérêt porté aux auteurs grecs et latins s'évanouit. La langue grecque disparaît ou a déjà disparu des programmes scolaires. Les érudits du siècle dernier voyaient encore dans le latin un instrument de communication utile et maniable. Il en est peu, aujourd'hui, qui soient encore capables d'exprimer leur savoir en latin et qui peuvent espérer se faire comprendre dans cette langue. La structure mentale, les formes de pensée et les méthodes de recherche subissent une refonte si radicale que seule une langue vivante, grâce à sa souplesse d'adaptation spontanée, peut servir de moyen de communication dans les domaines de la science et de la culture.

Le latin peut être tenu pour un moyen de communication indispensable à l'intérieur de l'Église unie à Rome. Il est permis de se demander, toutefois, si la connaissance du latin pourra être maintenue à un niveau suffisant parmi le clergé des pays non latins. La chose n'est certainement pas possible dans le cas des laïcs en général. Il est à craindre, dès lors, qu'un usage trop exclusif et trop abondant du latin n'aboutisse, au sein même de l'Église catholique, à entraver la communication entre l'autorité ecclésiastique et les fidèles (prêtres compris), plutôt qu'à la favoriser[11].

Le mouvement œcuménique a déjà fortement amélioré la communication entre des Églises qui, au cours des siècles antérieurs, étaient devenues étrangères les unes aux autres. Une remarquable interaction se manifeste ici. Une meilleure communication favorise le rapprochement et l'union ; à leur tour, le rapprochement et les rencontres fréquentes contribuent à l'élimination des entraves à la communication.

Dans l'ensemble de l'Œcumène, la communication n'est nulle part aussi gravement perturbée qu'entre l'Église de Rome, d'une part, et l'ensemble des autres Églises, d'autre part. La chose ne tient pas seulement au latin. Les causes en sont incomparablement plus profondes. La première cause réside dans les règles - fixées en partie dans le Droit canon - datant de l'époque où les divisions ont pris naissance. Ces règles avaient pour but d'établir une surveillance aux frontières de l'Église catholique. Or, à notre époque où les Églises cherchent à mieux se connaître et envisagent la possibilité de l'union, ces règles deviennent une entrave. S'il peut être vrai que «catholica non leguntur» (les publications catholiques ne sont pas lues par les autres), il est également vrai que les catholiques ont peu l'occasion de lire les ouvrages non catholiques, tant que le Droit canonique le leur défend. Ces règles ne sont pas les seules à faire obstacle à la communication, au plan religieux, entre les catholiques romains et les autres chrétiens.

La seconde cause se situe au plan théologique. En dépit des quelques progrès accomplis, la théologie catholique garde un caractère qui la rend hermétique à toute communication avec les théologiens d'autres confessions. Non seulement elle présente un fondement encore trop peu biblique, mais encore elle s'appuie sur des postulats philosophiques, elle met en cause des formes médiévales de pensée, elle se sert d'un vocabulaire scolastique qui n'est ni accepté, ni utilisé, ni compris en notre temps en dehors du cercle restreint des théologiens catholiques. Lorsque l'on passe de la théologie catholique à n'importe quelle autre théologie chrétienne contemporaine, on éprouve l'impression, non tant d'entrer dans une autre foi que de pénétrer dans un autre monde et dans un autre siècle. Cette absence de communication se montre extrêmement grave lorsqu'on tente d'instaurer le dialogue entre Rome et la Réforme.

En troisième lieu, la communication, au plan religieux, entre les catholiques et les chrétiens de la Réforme est rendue difficile par une série de modes d'expression et de représentations que nos ancêtres païens ont introduits subrepticement (et inévitablement) dans la pensée et l'action religieuses. La Réforme, au contraire, les a éliminés radicalement. On peut se demander si, dans de larges couches du peuple catholique, la conception courante du ministère, des ordinations, des actes sacramentels et des dévotions n'est pas, à certains égards, entachée d'idées héritées de l'époque préchrétienne.

III. L'avenir immédiat

Nous arrivons enfin à nous demander ce qui doit être fait dans l'avenir immédiat pour dépasser les désirs platoniques d'unité et entreprendre vraiment l'œuvre de l'union. Les suggestions proposées ici ne doivent rien à l'appartenance confessionnelle de l'auteur (catholique romain). Elles s'appuient sur les découvertes et les expériences auxquelles ont abouti les efforts œcuméniques en général et ceux de la Communion anglicane en particulier. Ces suggestions pourraient tout aussi bien être présentées par des membres de n'importe quelle autre confession.

Nous insistons beaucoup sur le fait qu'il s'agit de simples suggestions proposées à l'examen. Il ne faut pas y voir plus que des ballons, lancés pour prendre le vent. Le soin de décider si ces suggestions méritent plus ample considération incombe aux Églises intéressées.

a) L'établissement de la communion

Un coup d'œil d'ensemble sur la situation œcuménique permet de discerner deux groupes d'Églises qui pourraient aboutir assez rapidement et sans difficultés essentielles, à la pleine communion, et éventuellement à l'union complète.

Les Églises de type «catholique» reconnaissent sans difficulté la validité de leurs ministères et de leurs sacrements respectifs, elles en ont la même conception dogmatique. Elles pourraient entamer l'abolition des règles disciplinaires qui interdisent à leurs membres de recevoir les sacrements en dehors de leur propre Église. Ceci vaut de l'Église catholique romaine et des Églises orthodoxes et vieilles-catholiques, considérées globalement comme un ensemble catholique.

Les mesures disciplinaires visées ici datent de l'époque où les divisions sont nées. Or, les Églises se situent aujourd'hui à un stade entièrement nouveau et diamétralement opposé. Elles ne sont plus au stade de la séparation, mais au stade œcuménique. Cela veut dire qu'elles tendent sérieusement à rétablir l'unité entre elles. Cette unité ne peut résulter que de conversations entre les Églises, non de la capitulation d'une Église devant une autre.

Des dogmes, tels la transsubstantiation, l'Immaculée Conception, l'infaillibilité pontificale ou l'Assomption de Marie, ne peuvent, il est vrai, être révoqués par l'Église unie à Rome. Mais ils peuvent être mieux éclairés, repensés, expliqués. L'Église a pu vivre pendant plus de dix siècles sans définition explicite et «officielle» de ces dogmes. Pourquoi l'Église romaine ne pratiquerait-elle pas la charité et la patience envers les autres Églises de type «catholique», en attendant que celles-ci la rejoignent sur ces divers points ? L'espoir d'aboutir rapidement à un accord sur ces doctrines peut sembler faible. Ne serait-il pas possible, cependant, aux Églises de type «catholique» de modifier la discipline existante et de permettre l'intercommunion sacramentelle, par souci d'œcuménisme et en vue de l'unité parfaite ?

On ne peut nier qu'au cours des siècles de froideur où elles sont devenues étrangères les unes aux autres, les Églises «catholiques» se sont laissées emprisonner par les glaces dans leurs propres eaux territoriales. Pourquoi la chaleur de la rencontre œcuménique ne pourrait-elle provoquer un dégel, qui permettrait à ces Églises de se mouvoir dans la direction d'une réunion prochaine ?

Dans le cas des Églises issues de la Réforme, une semblable patience pourrait être exercée sur des points de désaccord de la théologie et de la pratique ecclésiastique. Il ne serait pas difficile à ces Églises d'aboutir à un consensus rendant possible la pleine communion ministérielle et sacramentelle. Elles y arriveraient grâce à un examen, fait en commun, des éléments positifs et durables du témoignage primitif de la Réforme, et en poursuivant l'unité dans la diversité, étant en ceci fidèles à Luther, à Mélanchton, à Calvin, Bucer, Bullinger, Cranmer, Whitgift et aux autres réformateurs. Elles pourraient s'efforcer, pour terminer, de réaliser leur complète union, à l'instar de celle que diverses Églises de la Réforme ont créée en Inde.

Il ne peut être exigé des Églises de la Communion anglicane de renoncer à l'intégration des principes catholiques et des principes protestants, obtenue au prix de tant de patience et de persévérance. Cette intégration est fondée sur le principe de continuité, sur celui de la modération et sur la «comprehensiveness », caractéristiques de l'Église d'Angleterre et de ses Églises filles. Exiger le renoncement à cette intégration reviendrait à ne pas reconnaître un résultat œcuménique de grande importance. L'abandon de ce résultat en vue de hâter l'intercommunion avec les Églises de la Réforme constituerait une régression. La vocation œcuménique propre des Églises en communion avec le siège de Cantorbéry consiste précisément à aider les Églises issues de la Réforme et les Églises «libres» à se rapprocher de la restauration complète du ministère et de la succession apostolique. Sans cette restauration, le but final de l'œcuménisme ne pourra être atteint, ainsi que le montre vingt siècles de christianisme.

Les anglo-catholiques et les Églises de type «catholique» n'ont pas occupé une place suffisante dans la préparation des unions en Inde. Ces unions répondent de façon imparfaite au principe proprement anglican, qui veut qu'en toute union, il soit tenu compte de l'unité finale de l'ensemble, et qui exclut l'adoption de toute mesure susceptible d'empêcher l'unité finale. En conséquence, les difficultés suscitées au sein de l'Église d'Angleterre par la perspective de la pleine communion avec l'Église de l'Inde ne doivent pas être reprochées aux «Convocations» anglicanes. Elles doivent être attribuées au fait que les unions réalisées en Inde ne possèdent pas encore tous les caractères requis par l'œcuménisme. Ces unions sont basées, de manière trop unilatérale, sur la conception que les Églises «libres» engagées dans ces unions se font de l'Église, du ministère et des sacrements.

Il importe beaucoup à l'œcuménisme que, dans tout projet d'union englobant des diocèses anglicans, on s'efforce d'intégrer, aussi pleinement que possible, les vérités et les valeurs positives appartenant aux deux traditions, catholique et réformée, afin d'ouvrir la voie, dans l'immédiat, à la pleine communion avec l'ensemble des Églises anglicanes, et, à longue échéance, à l'union de toutes les Églises. Une attention particulière devra être accordée à la restauration complète du ministère ecclésial, d'une manière qui rende celui-ci acceptable à l'ensemble de l'Église unie.

Cette restauration requerra, dans certains cas, une consécration épiscopale «sous condition». Le baptême administré sous condition dans le cas de doute n'implique aucun dédain pour la validité éventuelle du premier baptême. La consécration sous condition n'implique pas davantage de mépris à l'égard de l'appel et de l'ordination antérieurs. Il vaut la peine de souligner que les Églises de la Communion anglicane n'ont jamais nié la signification spirituelle du ministère des Églises de la Réforme. Ce fait rend possible aux Églises de la Réforme et aux Églises «libres» d'accepter des anglicans l'ordination ou la consécration sous condition, lorsque celles-ci se révèlent nécessaires à la pleine communion avec les Églises épiscopales et à l'union complète de toutes les Églises.

L'ordination (ou la consécration) reçue sous condition, n'exige du sujet aucun désaveu de sa propre vocation ni de son ministère. Elle les insère dans le ministère de l'ensemble de l'Église et dans la pleine continuité ministérielle de l'Église indivise. Cette manière de procéder est la seule qui permette une union de toutes les Églises de la Réforme englobant la Communion anglicane.

b) Les ordinations anglicanes

Ce qui précède nous entraîne à toucher un autre point, de grande importance pour l'œcuménisme. Un des obstacles primordiaux à la restauration de l'unité réside dans la déclaration de nullité des ordinations anglicanes, prononcée par le pape Léon XIII dans la bulle Apostolicæ curæ, en 1896. L'unité chrétienne demande que cet obstacle soit écarté au plus tôt. Mais comment faire ? Comment s'y prendre pour sauvegarder l'élément de vérité que recèle chacun des deux points de vue, celui du Vatican et celui de Cantorbéry ?[12]

S'il est exact que le paragraphe de conclusion de la bulle, cité plus haut au chapitre II, ne doit pas être considéré comme une déclaration infaillible, mais comme une mesure disciplinaire, un nouvel examen de la question des ordinations anglicanes appartient à l'ordre du possible. A l'étape actuelle de l'œcuménisme, cet examen devrait prendre la forme du dialogue[13]. L'enquête préparatoire devrait être confiée à une commission mixte, composée pour moitié de membres nommés par le pape et pour l'autre moitié de membres désignés par l'archevêque de Cantorbéry.

Une attention particulière devrait être accordée à la Préface de l'Ordinal anglican de 1549. Cette Préface exprime, en effet, l'intention de continuer le triple ministère qui a existé dans l'Église depuis l'époque apostolique, celui des évêques, des prêtres et des diacres.

La même attention doit être accordée aux déclarations de l'Église grecque et des Églises vieilles-catholiques. Leurs ordinations sont considérées par Rome comme valides. Elles professent, sur la nature, la forme et l'exercice du ministère, une doctrine identique à celle de l'Église de Rome. Or elles ont déclaré valides les ordinations anglicanes, en vertu de quoi les vieux-catholiques sont entrés en pleine communion avec les Églises anglicanes.

En outre, on peut se demander si la participation d'évêques vieux-catholiques à certaines consécrations épiscopales anglicanes n'a pas changé en «doute» la «certitude» romaine touchant l'invalidité des ordres anglicans, au moins pour un certain nombre de cas.

Enfin, un nouvel examen de la question pourrait aboutir à des résultats qui, indirectement, entraîneraient une appréciation plus exacte et positive des ministères des Églises de la Réforme.

Un nouvel examen permettrait, pour la première fois dans l'histoire, d'établir entre Rome et Cantorbéry, et par ce biais entre Rome et la Réforme, un dialogue au sujet des nombreuses questions relatives au ministère. Enumérons ici un certain nombre de ces questions. Quel est le fondement néotestamentaire du ministère ? La hiérarchie d'évêques, de presbytres et de diacres a-t-elle été contemporaine des Apôtres, ou bien est-elle une construction d'un âge postérieur ? Les termes d’«évêque» et de «presbytre» n'ont-ils pas désigné la même fonction ? Qu'entend Paul par «l'imposition des mains du corps des presbytres» (I Tm. iv, 14) ? Comment s'est développé l'épiscopat monarchique ? L'évêque n'aurait-il pas, en de nombreux cas, été choisi parmi les presbytres sans recevoir une nouvelle consécration ? Est-ce qu'à l'origine, les évêques et les presbytres n'ont pas tous été «successeurs des Apôtres», en ce sens que leurs pouvoirs remontent, dans les deux cas, à l'imposition des mains donnée par les Apôtres aux presbytres (ou aux évêques) des différentes villes ? Ne nous faisons-nous pas une notion trop simpliste de la succession apostolique ? En quoi consistait cette succession dans les premiers siècles ? Sur quoi repose la succession apostolique des évêques ? sur la légitime succession à un siège particulier ? ou bien sur la réception de la «grâce du ministère» d'un évêque validement consacré et capable, en conséquence, de transmettre à d'autres cette grâce du ministère ? L'«efficace» de la consécration ou de l'ordination est-elle due à ce pouvoir de transmission, ou bien est-elle due immédiatement à la prière accompagnant l'imposition des mains ?[14]

Une vue d'ensemble du développement réel à l'époque néotestamentaire et postapostolique, fondée sur une enquête historique aussi complète que possible, n'entraînerait-elle pas une distinction plus nette entre l'essence du ministère et les formes accidentelles que celui-ci a pu prendre ? Que signifie, dans l'ordination sacerdotale du rite romain, l'imposition des mains par les prêtres présents ? Avons-nous là une cérémonie vide de sens, un simple signe de communion, ou au contraire un geste indiquant que les prêtres peuvent, eux aussi, en vertu de leur sacerdoce, transmettre «quelque chose», à savoir une «grâce de ministère» ? Et s'il en est ainsi, sommes-nous autorisés à déclarer «dépourvue de tout effet» l'imposition des mains qui a lieu dans les Églises de la Réforme ? Cette imposition se réfère à tout le moins à une succession dans le ministère presbytéral, et celui-ci a son origine dans l'Église d'avant la Réforme.

La doctrine catholique enseigne que Dieu n'est pas lié aux actes sacramentels. Ne devrions-nous pas tenir compte de cette doctrine dans notre appréciation des ordinations et des consécrations au ministère ? Dieu peut, s'il le veut, «produire», par le moyen des ordinations et des actes ministériels des Églises de la Réforme, le même effet qu'il produit par les sacrements catholiques. Ne devons-nous pas, avec l'Église anglicane, arriver à la conclusion que les actes de ministère, dans les Églises de la Réforme, sont aussi bénis par Dieu ? N'aurions-nous pas à nous montrer plus prudents dans le maniement des formules aussi absolues que «omnino nulla» et autres semblables ? La validité d'un ministère ne dépend-elle pas en premier lieu de sa légitimité, c'est-à-dire : le ministère a-t-il été confié et reçu à l'intérieur de l'ordre établi dans une Église ? Il y aurait lieu d'étudier davantage la nature et les conséquences des changements introduits au moyen âge dans le rite de l'ordination, de même que les relations entre le sacerdoce et la célébration eucharistique.

Ces questions et d'autres semblables sont des questions concrètes qui, à en juger par les expériences œcuméniques, se présenteront très vite à la discussion, lorsque le monologue sur l'unité fera place à une rencontre authentique et à un dialogue sincère et objectif entre les Églises. Les Églises se sont laissées trop longtemps hypnotiser par des constructions théologiques abstraites. Elles doivent suivre le grave avertissement donné par Norman Sykes et faire en sorte que l'union ne soit pas empêchée par des raisonnements abstraits, reposant sur des prémisses dépourvues, en dernière analyse, de fondement historique[15]. La réflexion ecclésiologique doit s'appuyer sur des faits, non sur des présupposés théoriques non fondés.

Supposons qu'un nouvel examen de la validité des ordinations anglicanes soit entrepris sur la base d'arguments qui seraient, sinon acceptés, du moins respectés par la Communion anglicane. Cet examen pourrait aboutir à la constatation que l'invalidité des ordres anglicans ne peut être établie avec certitude. En ce cas, selon les critères romains, la validité de ces ordres serait matière à doute. On ne voit pas ce qui différencierait alors la position de l'Église de Rome vis-à-vis de l'Église anglicane de la position actuelle de l'Église anglicane vis-à-vis des Églises issues de la Réforme et des Églises «libres». Nous l'avons vu dans les chapitres précédents, l'obstacle principal à l'union entre anglicans et protestants réside dans l'incertitude éprouvée par les premiers concernant la «validité» du ministère des seconds.

Tenant compte des faits historiques, la Communion anglicane est persuadée qu'aucune Église unie n'est possible sans restauration de l'épiscopat historique fondé sur la succession apostolique. Elle demande aux Églises de la Réforme et aux Églises «libres» avec lesquelles elle traite d'accepter une procédure en vertu de laquelle le ministère pourra être considéré comme authentique et valide par toute l'Église. Pour le bien de l'unité, et en vue de supprimer l'incertitude nourrie, à tort ou à raison, par une des Églises en instance d'union, la Communion anglicane demande aux autres Églises d'accepter une ordination complémentaire ou une ordination sous condition. Si l'Église anglicane peut, à bon droit et pour le bien de l'unité, faire de telles propositions aux autres Églises, ne peut-on attendre d'elle qu'elle soit disposée à prendre en sérieuse considération des propositions semblables qui lui seraient faites par l'Église de Rome ?

Quiconque ne se limite pas à la considération de sa propre Église, mais voit l'ensemble de la situation, se rendra compte sans difficulté que la reconnaissance par l'Église romaine de la validité des ordres anglicans constituerait une étape importante et décisive sur la voie de l'unité. Cette reconnaissance ouvrirait la porte à l'union entre les Églises qui sont en communion avec les Sièges respectifs, actuellement séparés de Rome, de Constantinople et de Cantorbéry. L'union parfaite ne sera atteinte que par étapes. La première de celles-ci pourrait être franchie par l'admission les uns des autres à la réception des sacrements. Ceci répond à ce que les anglicans et les vieux-catholiques nomment la «pleine communion». Ce n'est cependant pas encore l'union au sens plénier du terme. L'union parfaite demande l'accord de tous sur le rôle et l'autorité du Siège Apostolique. Elle demande la pleine intégration du témoignage de la Réforme, pour autant que le dialogue entre les Églises aura révélé l'accord de ce témoignage avec la Sainte Écriture et avec la juste interprétation de la foi de l'Église.

L'importance de l'anglicanisme réside précisément en ceci que ce dernier a assimilé la contribution de la Réforme. La Communion anglicane possède des évêques, des prêtres et des membres selon les principes catholiques comme selon les principes évangéliques. Si les Églises anglicanes arrivaient à la communion sacramentelle, à la pleine communion et éventuellement à l'union entre Rome et Constantinople, elles apporteraient la Réforme avec elles et l'introduiraient dans toute l'Église. Il y aurait là non un inconvénient mais un avantage. Au début, le dialogue en serait peut-être plus difficile et plus compliqué, mais en définitive, il se montrerait fructueux pour l'union de toute la chrétienté, y compris des Églises de la Réforme.

Les Églises de la Réforme pourront fournir une contribution effective au processus d'unification lorsqu'elles s'ouvriront à l'apport catholique. Le moins qu'on puisse dire, en effet, est que cet apport ne se montre pas en contradiction avec l'intention du Christ, avec les Apôtres et l'Église indivise des premiers siècles, et avec le contenu plénier et authentique du témoignage de l'Écriture Sainte. Les Églises devraient demeurer en dialogue ouvert. Cela leur permettrait peu à peu de séparer la balle du grain dans les doctrines et les pratiques des différentes Églises.

Si la Communion anglicane entrait un jour dans une communauté plus grande, englobant aussi Rome et Constantinople, elle serait tout indiquée pour servir de trait d'union entre cette communauté et celle des Églises de la Réforme et des Églises «libres». Les diverses unions déjà réalisées entre Églises issues de la Réforme nous permettent de supposer que l'unité continuera à progresser parmi ce groupe d'Églises. La question dernière qui se posera alors sera à nouveau celle d'une communauté plus plénière entre la partie «catholique» et la partie réformée de la chrétienté.

Ce stade n'est pas encore atteint. Je ne serais même pas surpris d'apprendre que maints lecteurs hochent la tête en me lisant et se disent que les suggestions présentées ici sont le fruit de rêves utopiques. Tel n'est pas le cas, cependant. Ces suggestions sont nées d'un sobre réalisme, qui se pose la question suivante : à quoi sert-il de mettre en route un dialogue visant à restaurer l'unité, si l'on recule devant les implications et les conséquences de l'entreprise œcuménique ?

IV. Conclusion

Les suggestions qui viennent d'être présentées découlent de la situation telle qu'elle est en fait. Elles s'appuient sur les expériences et les découvertes auxquelles ont amené les efforts œcuméniques. Elles n'ont d'autre but que de faire naître ou de renforcer la certitude de l'insuffisance des conversations pour faire progresser l'unité, bien qu'elles représentent la première étape indispensable. Il faut, au-delà des conversations, franchir des étapes réelles sur la voie de l'union. Des décisions devront être prises et exécutées, grâce auxquelles la restauration de l'unité visible pourra progressivement s'opérer.

Quiconque prend au sérieux ce but final et espère vraiment le voir se réaliser un jour, doit s'attendre à des changements profonds et à des événements de nature encore imprévisible. Ceux qui veulent a priori que toutes choses demeurent dans l'état où leur Église les a toujours enseignées et faites, ceux qui ne veulent accepter la marche vers une Église unie que si celle-ci répond trait pour trait aux habitudes conventionnelles de leur propre Église, feraient mieux d'abandonner la voie de l'œcuménisme pour reprendre la voie ancienne et «éprouvée» de la polémique et de l'apologétique.

Les suggestions et les conclusions exprimées dans ce chapitre final ne sont pas destinées à servir de propositions définitives. Elles ne veulent être que les résultats d'une enquête phénoménologique, non partisane. Elles sont accompagnées de l'espoir que ces résultats pourront être un jour de quelque utilité, lorsque le dialogue entre les Églises sera sérieusement entrepris. Nous n'avons pas en vue le cas particulier d'un pays déterminé, mais l'unité future de l'Œcumène tout entière.

Un récent voyage en Angleterre m'a confirmé dans la conviction qu'en dépit de quelques témoignages d'amitié, échangés par-dessus les murailles confessionnelles, l'attitude vraiment œcuménique fait encore gravement défaut dans ce pays. La question des ordres anglicans, dont la solution revêtirait tant d'importance pour l'ensemble de l'Œcumène, ne pourra pas être posée avant longtemps.

Les anglicans, en grande majorité, considèrent comme non biblique la notion de validité ou de non-validité des ordinations. Les anglo-catholiques modérés, qui attachent beaucoup de prix aux ordinations «valides», ne tolèrent pas le moindre doute sur la validité des ordres anglicans. La hiérarchie catholique romaine, de son côté, ne tolère pas le moindre doute sur l'invalidité de ces ordinations ; entre autres motifs, parce que le travail de conversion parmi les anglicans y perdrait un de ses arguments les plus décisifs.

Mon intention n'a nullement été, en écrivant ce livre, d'éveiller des espoirs non fondés touchant les possibilités œcuméniques actuelles en Angleterre.

Tout dépend, en définitive, de la foi des Églises en la volonté du Christ de retrouver l'unité visible, et de leur disposition à marcher sur la voie qui, après de nombreuses étapes, peut mener à cette unité. Aucune Église ne peut ici décider de ce que les autres doivent faire ou ne pas faire. L'unité ne naîtra que de la rencontre, du dialogue et de la réflexion par lesquels, toutes ensemble, les Églises demandent à l'Esprit-Saint de les guider et se soumettent avec obéissance à sa conduite.

Cette attitude n'est pas contraire à l'adage abstrait selon lequel l'erreur n'a pas les mêmes droits que la vérité. Car la rencontre n'est pas celle de vérités et d'erreurs, mais celle de chrétiens croyants et d'Églises résultant d'une évolution historique, tous et toutes étant persuadés de connaître, d'aimer et de servir la Vérité. Ces chrétiens et ces Églises ont positivement les mêmes droits, lorsqu'ils se retrouvent dans une rencontre œcuménique, à la recherche de la vérité et non de l'erreur, de l'union et non de la séparation.

On ne peut davantage refuser le dialogue œcuménique, sous le prétexte que la vérité ne peut être mise en discussion et qu'on ne peut donner l'impression de douter de sa propre foi. En réalité, dans ce dialogue, chaque Église témoigne positivement de ce qu'elle croit posséder de la vérité, même dans le cas où elle pense être seule à «posséder» la vérité pure et complète. Cette voie est la seule qui puisse permettre, sous la conduite de l'Esprit-Saint, de voir ce qu'est la Vérité pure et complète et ce qu'est la volonté du Christ relative à la restauration plénière et visible de l'unité de tous les chrétiens.

Dans le premier chapitre de cet ouvrage, nous avons cité un passage du rapport sur l'unité, rédigé par la troisième section de l'Assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises à New Delhi en 1961. Nous trouvons décrite dans ce passage la vision de l'unité future de tous les chrétiens, restaurée au sein de la communauté chrétienne universelle.

Les chrétiens assemblés à New Delhi avaient une vue claire du but final. Mais il faut aller plus loin. Tous nous avons à nous demander pour notre propre compte, si, sous la façade des belles déclarations de notre volonté d'unité, nous ne cachons pas une secrète répugnance à nous engager dans la réalisation de ce que le Christ nous demande. La première exigence est celle d'une ferme volonté et d'une disposition sincère.

Pour tous les chrétiens et pour toutes les Églises, la voie de l'œcuménisme est celle de la conversion. Celle-ci demande toujours que soit brisée une opposition intime, une répugnance cachée. Dans la mesure où, par notre attitude non œcuménique ou préœcuménique, nous sommes responsables de la prolongation de la division, s'appliquent aussi à nous les paroles adressées par le Sauveur au peuple de Jérusalem :

Jérusalem, Jérusalem, ...que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes..., et vous n'avez pas voulu ! (Mt. xxiii, 37).


L'APPEL DE LAMBETH

Nous, archevêques, évêques métropolitains, et autres évêques de la Sainte Église catholique en pleine communion avec l'Église d'Angleterre, réunis en Conférence, réalisant la responsabilité qui pèse sur nous à l'heure actuelle, et sensibles à la sympathie et aux prières de beaucoup, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de notre propre Communion, nous lançons cet appel à tous les chrétiens.

Nous reconnaissons tous ceux qui croient en notre Seigneur Jésus-Christ et qui ont été baptisés au nom de la Sainte Trinité, comme possédant avec nous la qualité de membres de l'Église universelle du Christ, qui est son Corps. Nous croyons que le Saint-Esprit nous a appelés d'une manière très solennelle et très spéciale à nous associer dans la pénitence et la prière à tous ceux qui déplorent les divisions du peuple chrétien, et nous sommes inspirés par la vision et l'espoir d'une unité visible de toute l'Église.

I. Nous croyons que Dieu veut la communion (fellowship). Par l'action même de Dieu, cette communion fut réalisée dans et par Jésus-Christ, et c'est dans son Esprit que vit cette union. Nous croyons que c'est le dessein de Dieu de manifester cette communion en ce monde dans une société visible, unifiée, adhérant à une même foi, possédant ses dirigeants reconnus, usant des moyens de grâce donnés par Dieu, et inspirant à tous ses membres un service du Royaume de Dieu à la dimension du monde. Voilà ce que nous entendons par l'Église catholique.

II. L'unité de cette communion n'est pas visible dans le monde aujourd'hui. D'une part, il y a d'anciennes Communions épiscopales en Orient et en Occident auxquelles la nôtre est liée par de nombreux liens de foi commune et de tradition. D'autre part, il y a les grandes Communions non épiscopales, qui représentent des éléments précieux de vérité, de liberté et de vie qui, sans elles, auraient pu être obscurcis ou négligés. Nous sommes liés intimement à elles par de nombreuses affinités raciales, historiques et spirituelles. Nous entretenons le ferme espoir que toutes ces Communions ainsi que la nôtre puissent être conduites par l'Esprit-Saint vers l'unité de la foi et la connaissance du Fils de Dieu. Mais en réalité, nous sommes tous organisés en groupes séparés, chacun d'eux se réservant pour lui seul des dons qui, en droit, appartiennent à toute la communauté, et cherchant à vivre sa vie propre à part des autres.

III. Les causes de la division s'enracinent dans un passé lointain ; elles ne sont pas simples ; elles ne sont pas toutes blâmables. Personne ne peut nier cependant que l'obstination, l'ambition et le manque de charité parmi les chrétiens ont été des facteurs importants dans ce processus complexe, et que ces mêmes défauts, joints à l'aveuglement envers le péché de désunion, sont encore communément responsables des brèches qui existent au sein de la chrétienté. Nous reconnaissons que cet état de division est contraire à la volonté de Dieu, et nous voulons confesser en toute sincérité notre part de culpabilité pour avoir ainsi démembré le Corps du Christ et entravé l'activité de son Esprit.

IV. Le temps présent nous appelle à un nouveau regard et à de nouvelles dispositions. La foi ne peut être adéquatement saisie et le combat pour le Royaume ne peut être dignement mené tant que le corps est divisé et par là-même incapable de croître dans la plénitude de la vie du Christ. Nous croyons que le temps est venu pour tous les groupes de chrétiens séparés de convenir d'oublier le passé et de se tendre vers le but à atteindre qui est une Église catholique réunifiée. Les barrières qui ont été élevées entre eux ne pourront être écartées que par une nouvelle fraternité de ceux qui sont résolument orientés dans cette voie.

La vision qui s'élève devant nos yeux est celle d'une Église authentiquement catholique, fidèle envers toute la Vérité, et rassemblant dans sa communion tous ceux «qui se disent chrétiens et se donnent pour tels» ; dans son unité visible, les trésors de foi et de constitution, laissés en héritage par le passé au présent, seront possédés en commun et mis au service de tout le Corps du Christ. A l'intérieur de cette unité les Communions chrétiennes, maintenant séparées les unes des autres, retiendraient une bonne part de ce qui les a longtemps distinguées dans leurs méthodes de culte et de service. C'est à travers une riche diversité de vie et de prière que l'unité de la communauté tout entière sera accomplie.

V. Ceci signifie une aventure de bonne volonté et encore davantage de foi, car rien de moins n'est exigé qu'une redécouverte des ressources créatrices de Dieu. Nous sommes convaincus que Dieu s'occupe actuellement de convoquer à cette entreprise tous les membres de son Église.

VI. Nous croyons que l'unité visible de l'Église comportera l'acceptation loyale de

l'Écriture Sainte comme le document écrit de la Révélation de Dieu même, faite par Dieu à l'homme, et comme la règle et le dernier critère de la foi ; le Symbole de Nicée, comme l'exposé suffisant de la foi chrétienne, et, soit lui, soit le Symbole des Apôtres comme profession baptismale de la foi ;

les sacrements divinement institués du baptême et de la sainte communion, comme exprimant pour tous la vie en un même corps de toute la communauté en et avec le Christ ;

un ministère reconnu par chaque partie de l'Église comme possédant l'appel intérieur du Saint-Esprit, mais aussi la mission du Christ et l'autorité sur tout le corps.

VII. Ne pouvons-nous pas affirmer raisonnablement que l'Épiscopat est le seul moyen apte à fournir un tel ministère ? Ce n'est pas que nous doutions un seul instant de la réalité spirituelle des ministères de ces communions qui n'ont pas l'épiscopat. Au contraire, nous reconnaissons, en rendant grâce, que ces ministères ont été manifestement bénis et utilisés par l'Esprit-Saint comme d'efficaces moyens de grâce. Mais nous pensons que la considération de l'histoire comme de l'expérience présente justifie la requête que nous présentons en faveur de l'épiscopat. De plus, nous sommes convaincus que c'est maintenant et que ce sera dans l'avenir le meilleur moyen pour maintenir l'unité et la continuité de l'Église. Mais nous désirons vivement que la charge d'évêque soit exercée partout d'une manière représentative et constitutionnelle, et exprime plus véritablement tout ce qui doit être inclus dans le titre de Père-en-Dieu, pour la vie de la famille chrétienne. Bien plus, nous aspirons ardemment à ce jour où, à travers sa reconnaissance dans une Église unie, nous pourrons tous partager cette grâce qui est garantie à tous les membres du Corps entier dans le rite apostolique de l'imposition des mains, et dans la joie et la communion d'une Eucharistie en laquelle, comme une seule famille, nous pourrons ensemble, sans aucune équivoque, offrir au seul Seigneur notre culte et notre service.

VIII. Nous croyons que pour tous la recherche vraiment équitable de l'union se trouve dans un mutuel respect des consciences. Dans ce but, nous qui lançons cet appel, nous voudrions dire que si les autorités d'autres Communions le désiraient, nous sommes persuadés que, les conditions de l'union ayant été mises au point avec satisfaction par ailleurs, les évêques et le clergé de notre Communion accepteraient volontiers de ces autorités une forme de commission ou de reconnaissance qui commettrait notre ministère à leurs congrégations comme ayant sa place dans la vie de la famille unique. Il n'est pas en notre pouvoir de savoir dans quelle proportion cette suggestion pourrait être acceptable pour ceux à qui nous l'offrons. Nous pouvons seulement dire que nous l'offrons en toute sincérité comme un témoignage de notre désir que tous les ministères de grâce, les leurs et les nôtres, soient valides pour le service de notre Seigneur dans une Église unie.

C'est notre espoir que le même motif pourrait amener les ministres qui ne l'ont pas reçue à accepter un mandat par l'ordination épiscopale, parce que leur ministère pourrait s'exercer à travers la Communion entière.

En agissant ainsi aucun de nous ne pourrait être dit répudier son ministère passé. Dieu veuille qu'aucun homme ne répudie un passé riche en bénédictions pour lui et pour les autres. Qu'aucun de nous ne déshonore l'Esprit-Saint de Dieu dont l'appel nous a tous menés à nos ministères respectifs et dont la puissance nous a rendus capables de l'exercer. Nous rechercherons publiquement et formellement la reconnaissance nouvelle d'un appel nouveau à un service plus large dans une Église unie, et nous implorerons pour nous-mêmes la grâce de Dieu et sa force pour y parvenir.

IX. La conduite spirituelle de l'Église catholique de l'avenir, manifestement attendue du monde, dépend de la disposition de chaque groupe à faire des sacrifices pour atteindre à une Communion universelle, un ministère commun et un commun service du monde.

Nous plaçons cet idéal avant toute autre chose devant nos yeux et devant la conscience de nos fidèles. Nous leur demandons de faire un effort pour satisfaire aux exigences d'une époque nouvelle en ayant une vue nouvelle des choses. A tous les autres chrétiens qu'atteindront nos paroles, nous adressons le même appel. Nous ne demandons pas qu'une Communion se laisse absorber par une autre. Ce que nous demandons, c'est que tous s'unissent dans un nouvel et grand effort, afin de reconquérir et de manifester au monde l'unité du Corps du Christ pour laquelle Celui-ci a prié.


LA RENCONTRE DU DOCTEUR RAMSEY AVEC LE PAPE PAUL VI

Cité du Vatican, 23-24 mars 1966

Allocution du Docteur A.M. Ramsey

Sainteté, cher frère dans le Christ,

C'est avec un cœur plein de gratitude et d'affection fraternelle dans le Christ que je vous salue, moi, votre hôte dans cette cité du Vatican. Je vous salue en ma qualité d'archevêque de Cantorbéry et de président de la conférence de Lambeth des évêques de la Communion anglicane répartis à travers le monde entier. Que la paix soit sur vous et sur tous les chrétiens qui vivent et prient dans l'obédience de l'Église catholique romaine.

Je suis venu avec au cœur le vif désir que je sais être en votre cœur, que nous puissions ensemble, par notre rencontre, aider a l'accomplissement de la prière de notre divin Seigneur : que tous ses disciples puissent arriver à l'unité dans la vérité. Toute la chrétienté rend grâce au Dieu Tout-Puissant pour ce qui fut fait au service de l'unité par le pape Jean qui aima tant et qui fut tant aimé. C'est dans la même inspiration divine que Votre Sainteté travaille et prie pour l'unité et pour cette fin vous avez rencontré le patriarche œcuménique Athénagoras à Jérusalem et maintenant Vous me recevez à Rome. Puisse la grâce de Dieu faire que nous servions par notre rencontre son dessein divin, et faire que partout les chrétiens ressentent leur division comme une souffrance et tendent à l'unité dans la vérité et la sainteté.

Sur la route de l'unité il y a de formidables difficultés de doctrine. C'est une raison de plus, j'espère et c'est aussi l'espoir de Votre Sainteté, que l’on ait un dialogue croissant entre théologiens, catholiques romains, anglicans et d'autres traditions de manière à examiner ensemble la révélation divine. Sur la route de l'unité il y a aussi de difficiles problèmes pratiques par lesquels les consciences et les sentiments du peuple chrétien peuvent être heurtés. C'est une raison de plus de discuter ensemble de tels problèmes dans la patience et la charité. Si le but final de l'unité est encore assez éloigné, les chrétiens peuvent déjà se réjouir du fait de leur commun baptême au nom du Dieu Trine et Un, Père, Fils et Saint-Esprit ; ils peuvent déjà prier ensemble, rendre ensemble témoignage à Dieu et ensemble servir l'humanité au nom du Christ.

C'est seulement lorsqu'il nous verra, nous chrétiens, progresser visiblement dans l'unité, que le monde acceptera à travers nous le divin message de paix. Je voudrais joindre ma voix à la voix de Votre Sainteté pour implorer que les peuples s'accordent à abandonner les armes de destruction, à régler leurs désaccords sans guerre, et à trouver une autorité supérieure à la souveraineté de chaque état individuel. Puisse ainsi le chant des anges trouver un écho dans les volontés et les actions des hommes : «Gloria in excelsis Deo et in terra pax !»

Réponse du Pape Paul VI

Nous accueillons avec émotion, avec joie, avec espérance votre visite qui nous agrée tant, et de tout cœur nous vous remercions sincèrement en échangeant avec vous la salutation chrétienne : la paix du Seigneur soit avec vous, avec les dignes personnalités qui vous accompagnent et avec tous ceux que vous rassemblez autour de vous et que vous représentez.

Dans la lumière du Christ nous saisissons la particulière importance de cette rencontre de l'Église catholique romaine avec l'Église d'Angleterre et les autres Églises de la Communion anglicane ; ceux qui croient dans le Christ sont spirituellement présents, le monde observe, l'histoire se souviendra. Vous renouvelez l'acte de grande courtoisie accompli par votre illustre et honorable prédécesseur, Sa Grâce le docteur Fisher, envers notre prédécesseur, le regretté pape Jean XXIII d'heureuse mémoire. Vous reconstruisez entre l'Église de Rome et l'Église de Cantorbéry un pont, qui s'était écroulé, il y a des siècles, un pont de respect, d'estime et de charité. Vous vous avancez sur cette voie encore instable, encore en reconstruction par votre propre initiative et avec une sage confiance. Que Dieu bénisse votre courage et votre piété !

Nous voudrions que votre première impression en passant le seuil de notre maison soit que vous n'arrivez pas en une maison étrangère, mais en une maison que, pour des raisons toujours valables, vous pouvez appeler vôtre. Nous sommes heureux de vous ouvrir ses portes et, avec elles, notre cœur. Pour appliquer à cet événement les paroles de saint Paul, nous sommes heureux et honorés de vous recevoir «non comme des étrangers et des hôtes, mais comme des concitoyens des saints et des membres de la maison de Dieu» (Eph. ii, 19-20). Sûrement, du haut du ciel, saint Grégoire le Grand et saint Augustin nous regardent et nous bénissent.

Nous sommes très conscients des divers aspects de cet événement et, tout d'abord, nous n'hésitons pas à signaler l'importance historique de ce moment. Il nous semble grand, presque dramatique, et heureux si nous pensons à la longue et pénible histoire à laquelle il veut mettre fin et aux nouveaux développements, dont il peut être le prélude, dans les relations entre Rome et Cantorbéry : à partir de maintenant l'amitié doit nous inspirer et nous guider.

Nous voyons aussi l'importance civile que peuvent avoir cet exemple de concorde bien commencée et cette résolution de collaboration pratique, pour la paix entre les nations du monde et pour la promotion de la fraternité chrétienne parmi les hommes.

Au-delà nous voyons la valeur œcuménique de notre rencontre. Nous n'oublions pas les questions graves et complexes qu'elle soulève et qu'elle n'a pas pour but de résoudre maintenant ; mais ces questions sont présentes ici dans leurs points essentiels qui sont toujours très difficiles mais qui sont formulés de manière à ce que nous puissions les étudier et les méditer ensemble et, désormais, sans aucun ressentiment provenant d'un orgueil humain, sans aucune ombre d'intérêt terrestre, en accord avec la parole du Christ et avec l'assistance de l'Esprit Saint.

Enfin nous voyons la valeur proprement spirituelle et religieuse de notre commune recherche d'une commune profession de fidélité au Christ et d'une prière, ancienne et nouvelle, qui puisse harmoniser les esprits et les voix dans la célébration de la grandeur de Dieu, de son plan de salut de toute l'humanité dans le Christ. Dans le champ de la doctrine et de la discipline ecclésiastique, nous sommes encore différents et distants les uns des autres ; et pour le moment il doit en être ainsi par respect pour la venté et la liberté jusqu'à ce que nous puissions mériter la grâce suprême de la vraie et parfaite unité dans la foi et la communion. Mais la charité peut et doit désormais s'exercer entre nous et montrer sa mystérieuse et prodigieuse force : «Où sont la charité et l'amour, là est Dieu».

Pour tout cela c'est un grand jour que celui que par la bonté de Dieu vous nous donnez de vivre : «Exultemus et lætemur in ea !» En ce jour soyons dans l'allégresse et réjouissons-nous ensemble l

Allocution du Cardinal Bea

à la réception offerte par le Secrétariat pour l'unité des chrétiens

Votre Grâce,

Eminentissimes Seigneurs,

très chers Frères dans le Christ,

Quand le Seigneur appela le prophète Jérémie à l'office prophétique, il lui affirma solennellement : «Je t'établis pour arracher et renverser, pour bâtir et planter» (Jr. i, 10). On pourrait dire avec raison que de nos jours l'Esprit de Dieu a appelé l'Église à une œuvre semblable. Le pape Paul VI a dit une fois qu'il y a eu dans le Concile presque une nouvelle manifestation de l'Esprit de prophétie. Puisque la Constitution dogmatique sur l'Église n'a pas craint d'affirmer que tous les membres de l'Église participent, chacun à sa manière, à l'office prophétique du Christ, il n'est pas surprenant que cet Esprit ait en quelque sorte pénétré l'Église entière. C'est ainsi que s'est diffusé un fervent élan de charité et d'activité pour extirper préjugés et ressentiments, pour renverser des barrières séculaires et pour planter dans le champ de Dieu, qui est l'Église (cf. I Co. iii, 9) : prendre et multiplier les contacts et les entretiens, semer l'estime réciproque et la charité, implanter des organismes qui permettent un travail continu et durable dans tout ce champ de l'œcuménisme. Cette ferveur pour l'œcuménisme s'est emparée aussi des plus simples fidèles, gagnant les plus larges couches du peuple chrétien. «A Domino factum est istud : et est mirabile in oculis nostris» (Ps. cxvii, 23).

Votre Grâce ! Je suis extrêmement heureux de pouvoir aujourd'hui constater, en l'imposante solennité de cette circonstance, que, au sujet des relations entre l'Église catholique romaine et les autres chrétiens, l'Église anglicane, en la personne de l'illustre prédécesseur de Votre Grâce, a reçu du Seigneur le grand don de faire en ce champ œuvre de pionnier. Soit sa visite au vénéré pape Jean, soit la nomination d'un représentant personnel permanent de lui-même et de Sa Grâce l'archevêque de York, ont fait une impression profonde et ont marqué le début providentiel de toute une série d'actes qui au sein du Concile et pendant le Concile ont eu un développement que j'oserais qualifier de prodigieux ; développement dont les plus hauts points furent la rencontre à Jérusalem du pape Paul VI avec le patriarche Athénagoras et les autres patriarches orientaux, et la déclaration commune du pape et du patriarche Athénagoras le 7 décembre dernier, par laquelle on voulait ensevelir à jamais un triste et douloureux passé. La meilleure preuve de ce développement prodigieux est la différence qu'il y a entre la visite, pourtant si importante et fondamentale de Votre illustre prédécesseur, et celle que Votre Grâce rend en ces jours au Saint-Père, au nom de l'Église et de toute la Communion anglicane. Le nombre des Églises représentées par Votre Grâce, la haute solennité de la visite, les multiples rencontres et le sérieux des problèmes à discuter, la prière commune et la déclaration commune qui concilieront cette visite, tout cela tend à démontrer quel est le chemin parcouru entre-temps.

Qu'il me soit donc permis, en saluant Votre Grâce et les personnalités qui l'accompagnent, de saluer l'Église anglicane et toutes les Églises de la Communion anglicane. Que l'importance de cette assemblée - et je la remercie de participer à la réception donnée en votre honneur - vous dise l'allégresse et la joie que procurent cette visite et votre présence. Je désire avant tout profiter de cette occasion pour remercier l'Église anglicane, et d'une manière toute spéciale Votre Grâce, de tout ce qui a été fait en ces années pour promouvoir la cause de l'union des chrétiens et notamment pour améliorer toujours davantage les relations avec l'Église catholique romaine. Notre Secrétariat, chargé de nouer et de développer ces relations, a pu s'en rendre toujours mieux compte. Je remercie le Seigneur de ce grand don qu'il a, par l'Église anglicane, accordé à l'Église fondée par lui.

Je l'ai déjà dit en d'autres occasions et je n'ai aucune difficulté à le redire : tout ce que le Seigneur a réalisé en ces années en faveur de l'union, si prodigieux que ce soit, n'est, par rapport à ce qui reste à faire, que le commencement d'un long et difficile chemin, hérissé de difficultés et d'obstacles. Mais tout cela ne nous décourage pas; si à cause de la faiblesse humaine nous devons sans cesse nous écrier avec le prophète Jérémie : «Ah ! Seigneur Yahvé, vois, je ne sais pas porter la parole» (i, 6), notre confiance ne faiblit pas. Gardons fidèlement en notre pensée le dernier mot du Décret sur l'œcuménisme - qui est tout simplement aussi le dernier mot dans le travail œcuménique - que voici : le Concile «met entièrement son espoir dans la prière du Christ pour l'Église, dans l'amour du Père à notre égard, et dans la puissance du Saint-Esprit : l'espérance ne déçoit point : car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné (Rom. v, 5)» (n. 24).

En ce sens, que Votre Grâce agrée une nouvelle fois notre souhait cordial de bienvenue, notre sincère gratitude pour cette visite et pour ce qu'elle-même et ce que son Église ont fait au cours de ces années ! Avançons, unis dans le Christ : Dieu le veut, l'humanité attend !

Déclaration commune du Pape Paul VI et de l'Archevêque de Cantorbéry

lue au cours de la célébration liturgique à Saint-Paul-hors-les-murs (24 mars 1966)

Dans cette ville de Rome, d'où partit jadis pour l'Angleterre, envoyé par le pape saint Grégoire le Grand, saint Augustin, le fondateur du Siège de Cantorbéry que tous les Anglicans d'aujourd'hui considèrent comme le centre de leur Communauté chrétienne, Sa Sainteté le pape Paul VI et Sa Grâce Michael Ramsey, archevêque de Cantorbéry, représentant la Communion anglicane, se sont rencontrés pour échanger des salutations fraternelles.

Au terme de leur rencontre, ils rendent grâces au Dieu tout-puissant qui par l'action de l'Esprit-Saint a créé durant ces dernières années un climat nouveau de fraternité chrétienne entre l'Église catholique romaine et les Églises de la Communion anglicane.

Cette rencontre du 23 mars 1966 marque une nouvelle étape dans le développement de relations fraternelles fondées sur la charité chrétienne et les efforts loyaux pour écarter les causes de conflit et rétablir l'unité.

Voulant être fidèles au commandement du Christ qui a prescrit à ses disciples de s'aimer les uns les autres, ils déclarent qu'avec son aide, ils laissent entre les mains du Dieu de miséricorde tout ce qui, dans le passé, a pu être contraire à ce commandement d'amour et ils se conforment à l'attitude de l'Apôtre qui déclarait : «Oubliant le chemin parcouru, tendu de tout mon être en avant, je cours droit vers le but pour remporter le prix attaché au céleste appel de Dieu au Christ Jésus» (Ph. iii, 13-14).

Ils expriment le désir que les chrétiens appartenant à l'une et l'autre communauté soient animés des mêmes sentiments de respect, d'estime et d'amour fraternel, et pour favoriser cette attitude mutuelle, ils entendent inaugurer sérieusement, entre l'Église catholique romaine et la Communion anglicane, un dialogue qui soit fondé sur l'Évangile et les traditions anciennes qui leur sont communes et qui puisse conduire à cette unité dans la vérité pour laquelle le Christ a prié.

Ce dialogue devrait inclure non seulement des sujets d'ordre théologique, tels que la Sainte Écriture, la Tradition et la Liturgie, mais aussi des sujets qui comportent des difficultés pratiques chez les uns et chez les autres. Sa Sainteté le pape et Sa Grâce l'archevêque de Cantorbéry sont conscients, en effet, des graves obstacles qui entravent la voie à la restauration d'une complète communion de foi et de vie sacramentelle ; néanmoins ils sont unanimes dans leur détermination de promouvoir des contacts qualifiés entre leurs Communions dans tous les domaines de la vie de l'Église où la collaboration est apte à conduire à une compréhension plus grande et à une charité plus profonde, et de s'efforcer de trouver ensemble des solutions pour tous les grands problèmes que ceux qui croient dans le Christ affrontent dans le monde d'aujourd'hui.

Puisse cette collaboration, avec la grâce de Dieu le Père et dans la lumière du Saint-Esprit, hâter l'accomplissement de la prière de Notre Seigneur Jésus-Christ pour l'unité de ses disciples ! Et avec les progrès vers l'unité, puisse-t-il y avoir un renforcement de la paix dans le monde, la paix que seul peut accorder Celui qui donne «la paix qui dépasse toute intelligence» ! Et que cette paix avec la bénédiction du Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit demeure à jamais avec tous les hommes !

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[1] http://www.virgo-maria.org/articles/2007/VM-2007-05-25-B-00-Van_de_Pole_2_a.pdf et http://www.virgo-maria.org/articles/2007/VM-2007-01-03-D-00-Van_de_Pole_1_c.pdf

[2] Malgré l’échec complet en mai-juin 2007 de sa campagne de pro-ralliement qu’il a menée à travers la promotion de son livre moderniste « Benoît XVI et les traditionalistes » et face au désaveu par l’ensemble des Prieurs de France, l’abbé Celier vient d’être affecté à la chapelle de Sainte Germaine à Paris, auprès de l’abbé Bonneterre, son ancien professeur. De quels appuis bénéficie donc l’abbé Celier ? Le 30 mai 2007, l’abbé Bonneterre avait réservé le meilleur accueil à l’abbé Celier-Sernine-Beaumont, qui combat les points essentiels de l’œuvre de Mgr Lefebvre, comme nous l’avons expliqué en nous basant sur l’analyse de son dernier ouvrage. L’abbé Celier-Sernine anime actuellement à l’Université d’été de la FSSPX à Saint-Malo, un ‘atelier’ sur le néo-paganisme. Va-t-il y faire étudier aux jeunes fidèles de la FSSPX les œuvres de Jim Morrison, le rocker sataniste et drogué dont il a placé une citation de l’une ses chansons en exergue à son ouvrage « Le dieu mortel » ?

[3] «Hence it seems possible that in the reunited Church of the future there may be a special place for a primus-inter-pares as an organ of unity and authority. Peter will be needed as well as Paul and Apollos, and like them be will he chastened and repentant» A.M. RAMSEY, The Gospel and the Catholic Church, Londres, Longmans, 1936, nouv. éd. 1959, p. 227)

[4] Voir plus haut la note 4.

[5] La visite rendue au pape par le Dr Ramsey, archevêque de Cantorbéry, pourrait exercer une influence sur la reprise de la question. (Note du traducteur.)

[6] «Hence it seems possible that in the reunited Church of the future there may be a special place for a primus-inter-pares as an organ of unity and authority. Peter will be needed as well as Paul and Apollos, and like them be will he chastened and repentant» A.M. RAMSEY, The Gospel and the Catholic Church, Londres, Longmans, 1936, nouv. éd. 1959, p. 227)

[7] «In this Body Peter will find his due place, and ultimate reunion is hastened not by pursuit of ‘the Papal controversy', but by the quiet growth of the organic life of every part of Christendom » (RAMSEY, ouvr. cité, p. 228).

[8] W.H. VAN DE POL, Het Getuigenis van de Reformatie, Roermond. 1960 (trad. allemande : Dus Zeugnis der Reformation, Essen, 1963).

[9] Le lecteur se souviendra que ces pages ont été écrites avant la promulgation des documents conciliaires qui touchent à cette question. Il ne perdra pas de vue que des précisions pourront être apportées par le «directoire de l'œcuménisme», encore en préparation. (Note du traducteur.)

[10] En ce qui concerne cette opposition, on peut lire la description donnée par KRAEMER, The Communication of Faith, Philadelphie (U.S.A.), 1961.

[11] La lettre de la S. Congrégation des Séminaires et Universités sur l'étude du latin (27 octobre 1957) n'a pas d'autre but que d'éviter une régression dans l'aptitude à manier ce moyen indispensable de communication à l'intérieur de l'Église (voir AAS, 1958, p. 293. DC, 1958, col. 778). Ce but est totalement distinct de la nécessité qu'il y a de contrebalancer la difficulté œcuménique entraînée par l'usage trop exclusif du latin.

[12] Voir plus haut la note 4.

[13] La visite rendue au pape par le Dr Ramsey, archevêque de Cantorbéry, pourrait exercer une influence sur la reprise de la question. (Note du traducteur.)

[14] Les questions évoquées par l'auteur sont d'autant plus actuelles que certaines d'entre elles ont reçu du Concile un commencement de réponse. (Note du traducteur.)

[15] N. SYKES, Man as Churchman, Cambridge, 1960, p. 1 et ss : «Church History, History and Theology».